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2 décembre 2021 4 02 /12 /décembre /2021 13:36
Crédit photos : Charlotte Dubois, Christine Isarn.
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Crédit photos : Charlotte Dubois, Christine Isarn.


                                   C'est bon et beau à la fois. Ici il y a la table, la terrasse et en son extrémité un escalier qui descend au jardin. Nous y avons des tubercules heureux, des salades radieuses, ça resplendit du bulbe. Les rangées mal alignées parsemées de fleurs donnent une diversité heureuse, une joyeuse cohabitation, loin du tumulte,  engageant l'esprit, dès que  l'on y entre, à s'évader, à échafauder...  La campagne quoi !

 A Cadablès le jardinier est une jardinière. Désormais de la veille école je conjugue trop souvent à la troisième personne du masculin en ne trempant jamais ma plume dans le fiel. J’ évite ce son brutal du '' iel '' qui musicalement heurte bien trop l'oreille pour s'y habituer en aussi peu de temps.

Le potager c'est un coin de magie à longue vue qui refait le moral. Un axe de recentrage à l'instar de la vigne. Peut être en plus divers, en tout cas  moins monotone car plus petit, moins besogneux.

Et l'esprit de se laisser aller au rythme du binage, à la courbe du cerclage. La pioche aux abdos, la grelinette au biceps, le rabassier occitan  aux triceps poussent l'esprit, avec un peu d’entraînement, vers de délicieuses nimbes.  Sous les douces injections du jardinier naît ainsi une biodiversité abondante et distrayante. Une coccinelle, un trio d'escargots, des vers, des insectes inconnus, des larves gluantes, parfois des taupes ennemies dans ce monde à la mesure de l'homme. C'est un monde ordonné, cyclique, humble et raffiné malgré ses faux airs renfrognés. C'est un monde immuable, enfin, elle et moi nous l' espérons.

 

Il y a un esprit dans la terre qu’il faut aller chercher doucement, sans froisser, en toquant à la porte pudiquement car cet esprit a tant à nous apprendre, à nous transmettre. Au jardin il se passe tant de choses invisibles, c'est le vestibule des nuages où le rythme lent apprend la patience, fait découvrir la  beauté, chasse le gris en ravivant  le vert.
 

 Ici, nous cultivons au rythme des saisons une belle partie de notre consommation annuelle et, entre initiés on échange, on troque, on donne, on se donne l'air avantageux de ceux qui d'une graine font pousser un légume. Ceci évidemment loin de la vénalité du marché car il est hors de question de pratiquer  professionnellement de peur qu'un grain de sable n'enraye la savante mécanique. Le potager  c'est un peu ésotérique dans le fond, c'est un cercle, un monde, une sorte de repli auquel on se pique régulièrement et que l'on garde un peu blotti de peur que le monde extérieur n'envahisse le jeu pour le détériorer.
 

Forme de bonheur simple à la portée de tous, retour à la raison, à la maison, une forme d'essentiel apparaît dans ses allées à la re-découverte de nos étonnements enfantins. Et un radis devient un absolu, une tomate une œuvre d'art, un choux un mastodonte, une salade de l’énergie...

Le substrat amendé régulièrement  est donc vivant et par sa complexité grouillante transmet son énergie à la plante qui l'offrira à l'assiette. Et la boucle sera bouclée. Il devient ainsi richesse absolu de vitalité et de santé, immunité indéniable et incomparable face aux agressions de toutes sortes, de tous horizons.

 

 Équilibré par sa diversité,  par son abondance nul n'est besoin de chimie pour sa survie. Microcosme naturel où l'un chasse le parasite de l'autre dans une auto protection sensationnelle, presque irrationnelle. Miroir inversé de nos sociétés bousculées qui pansent leurs déséquilibres à grand coup de molécules pseudo salvatrices dans une fuite en avant anxiogène et suicidaire. Mais pourquoi nos savants ne regardent ils pas le potager ? Professeur émérite diplômé en équilibre depuis la nuit des temps, diplômé en harmonie visible et invisible. C'est la sagesse incarné, la générosité absolu, le placement fabuleux.

L’épouvantail  bienveillant essaie bien d'épouvanter les oiseaux qui se perchent sur son bras désarticulé. Bouts de bois habillés d'oripeaux et coiffés d'un pot de terre cuite pour donner au tableau une allure artistique et éclairer le visage du visiteur d'un sourire complice. Le pluviomètre lorsqu'il n'est pas troué donne un espoir à chaque millimètre et lorsque l'été le rend aride le son de la fontaine  réanime le jardin.



C'est simple, enthousiasmant et ça fait mal au dos les premiers temps mais du bien à la tête.

 

C'est l'Homme, au milieu de son monde, qui entend couler l'eau, regarde passer un vol d' oiseaux, s’assoit sur le banc, se roule une clope, lâche un vent, pense à tout et à rien, regarde se coucher le soleil sur un bouquet de thym, respire et c'est immense...

 

Et puis y'a les copains qui passent par là, au hasard d'un chemin, on sort le vin du puits et les mots fusent. Parfois un peu crâneurs pour éviter les profondeurs, mais l'on revient à chaque fois au vivant, à l'humus et insidieusement on glisse sur des sujets moins profanes, on se confie, sorte d'église à ciel ouvert, à cœur ouvert avec pour seule loi celle de la nature. C'est un morceau de paix au détour d'un chemin où la gargouille couvre pudiquement l'intimité près d'un banc en rondins.


 

Ce jardin est délimité par des piquets bancals, de vieux roseaux séchés qui y marquent les rangées. Des outils disparates, des cageots alignés, des bouts de tuyaux craquelés au soleil, une touffe d'herbe marquant la fuite d'eau, des rouleaux multicolores de ficelles en tissus, tout un fatras hétéroclite d'outils en tout genre jonchent les allées. La serre aux vitres opaques, la porte coincée par un caillou, car ici point de voleur. C'est un grenier au grand air sonorisé par les cigales de l'été. En jachère, envahi par les poules ou le crottin de l’âne et le compost végétal, les légumes promettent des goûts égarés par le productivisme mono-cultural. Il deviendra aussi conservatoire gustatif pour des générations handicapés de la papille.


 

Le potager c'est une sensibilité, un partage, une aventure, une culture désuète, une thérapie, un essentiel. C'est un tableau, un chef d’œuvre où l'artiste est modeste produisant pour les siens l'essentiel, la richesse, l'abondance : et il l'offre, c'est un roi !


 

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 07:29
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...
 Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...

 

 

Vendanges 2021... La chance, la rigueur et le lâcher-prise...

 

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Pour une vendange réussie il faut, en dehors des paramètres extérieurs, de la rigueur, du lâcher prise et de la chance. Une vendange et une vinification, l'une étant la conséquence de l'autre, le but de la manœuvre, l'excitation de septembre, l'aboutissement de la sueur de l'année.

La vendange, la vinification : ces deux Là ne vont jamais l'une sans l'autre. C'est un couple, un duo.

Abandonner les vinifs c'est donner son âme au diable, laisser un ami au bord du chemin.
La vigne et la vinif sont intimement liées. Activités gémellaires que le vigneron appréhende, réfléchit, rêve, imagine, approche par tous les cotés et bien avant l'échéance d'autant que la rencontre ne dure qu'un mois et n’a lieu qu'une fois par an.

Ici nous sommes indépendants en ce sens où, de la plantation à la vinification, et je pousserai même la définition de l'ouvrage jusqu'à la commercialisation, nous sommes censés maîtriser la chose, nous essayons d' assumer le tout et pouvons crier à hue et à dia en toute honnêteté : c'est notre vin !


En quelque sorte le fruit de nos engagements, faute d'être quasiment celui de nos entrailles . Nous y mettons du cœur, de l'estomac à s’en faire de la bile, du nez, de l'oreille, du palais, des tripes et tout ce qui s'ensuit et puis le reste aussi. Et le tout en bio afin de donner un avenir au sol sur lequel nous pratiquons et de la fluidité aux vins que vous buvez...

Il faut de la rigueur, cela va sans dire.

Dans le contrôle obsessionnel qui pourrait être le notre, dans les moments de tension, le lâcher prise est nécessaire. S'en remettre à l'espoir, à la chance car, dans le fond nous ne contrôlons qu'une partie de l'ouvrage, qu'une partie de la réussite. Le lâcher prise n'est pas un laisser-aller c'est plutôt un acte de confiance.

Se vanter d'une histoire que nous ne maîtrisons qu'en partie lorsque la chance ou la malchance prend le relais afin de suppléer les limites humaines est un tantinet paradoxal. Mettre tout en œuvre afin que le bazar se déroule et lâcher prise en laissant la chance se dépatouiller avec la nature et ne pas avoir l'obsession de l'homme tout puissant, qui dicterait à la matière le goût qu'elle doit avoir, le réflexe qu'elle doit adopter afin de répondre à ses fantasmes dominateurs et vénaux. Ici ce n'est ni le client, ni les spécialistes en blouses blanches de savants qui font les vins, ce sont les vignerons, la nature, les aléas, le climat, le sol, la chance. La différence est notoire pour la faire remarquer.

Une partie de notre réussite liée au petit bonheur la chance de la nature, peut pousser certains à la folie. Les engager dans une course en avant vers un grand essoufflement afin de rattraper ce qui n'est rattrapable. D'autres, plus sages se griseront au lâcher prise, à la confiance, à '' l'Inch Allah" fataliste mais raisonnable contre les vents, les tempêtes, le gel, la grêle, les caprices des levures, les montées en volatiles et toutes les joyeusetés que l'esprit imagine, lassés par un travail trop intense.


La liste des problèmes à venir qui n'arrivent, in fine, que très rarement n'étant jamais exhaustive, ne vaut-il mieux pas abandonner la part de soi même qui doute à la poésie, en tout cas, à la relativité. La nature ne marchant pas au même pas que l'homme pressé, il est nécessaire de relier ses objectifs au temps long et ne pas oublier que ce métier est un chemin.

Pour cela ne faut-il pas avoir l’esprit ouvert aux quatre vents, le goût de l’autre et embrasser la vie comme l’on partirait à l’aventure ?
Je me demande parfois à quoi la chance tient...


Et cette année ce fût le gel qui guillotina les espoirs de beaucoup et un été septentrional catastrophique qui remit une couche pour diviser historiquement les récoltes.

Ici, à Cadablès, nous avons eu la chance de passer au travers de tous ces aléas et les magnifiques raisins, en quantité normale nous ont autorisés un millésime encourageant. Ce ne fut pas le cas d'autres années . Pour exemple la canicule de 19 nous supprima la moitié de la récolte qui fondit comme neige au soleil, d'un seul coup, d'un seul , par un après-midi catastrophique.

Le passé est le passé. Le présent désormais réjouissant fait oublier les chaleurs intenses et avec une régularité surprenante nos raisins, cette année, s’étalaient sur les souches, beaux, sains, fiers, opulents d'espoirs. Situation presque indécente au regard des pertes alentours. Cadablès protégé des vents au nord, par le volcan et les collines.

L'état phyto exemplaire à traitement minima nous encourage désormais à entretenir la symbiose agro-écologique mise en place depuis longtemps. La biodiversité développée, les animaux réintégraient. Prouvant, si c'est besoin, qu'un équilibre du vivant seconde harmonieusement la partie culturale.

Les oiseaux peuvent continuer à piailler, les vaches à meugler, les insectes à vrombir dans une joyeuse et tonitruante ambiance de nature retrouvée.

Il y eut aussi les amis, les copains, la famille, les jeunes du villages qui se sont joints à nous afin de ramasser manuellement les fruits de septembre.

Les ambiances, Les repas, les partages et les vins trop appréciés nous aidèrent au lâcher-prise qui, je le redis, n'est pas un laisser-aller, bien que parfois mais rarement, il nous firent mélanger nos syllabes sous les étoiles bienveillantes qui mirent un voile de pudeur à ne pas répéter.

Il en va ainsi de la vie à la vigne, de l'esprit des amis réunis.


Il y a un esprit dans les vignes qu’il faut aller chercher doucement,
sans froisser, en toquant à la porte pudiquement. IL à tant à nous apprendre,
à nous transmettre. C’est l esprit du vent, du froid, du soleil, de la sueur, de la solitude, des grandes tables, des matins de doutes et des soirs d'euphories.

Et on vous l’offre car on aime la vie, l’humain, le vin mais il faut savoir rentrer chez nous, presque sur la pointe des pieds car nous avons dans le fond le caractère de cochon que la vigne nous a forgé et c’est très bien ainsi...

La vendange terminée, seaux et sécateurs remisés, viendra le temps du recul et l’automne où tout tombe, apaisera les tonitruances de l'année. La boucle bouclée, le cycle achevé avec ses hauts, ses bas, ses heurts, ses joies qui ne sont que des heurts qui ont bien tourné, une sorte de lâcher-prise pour mieux narguer le chaos.

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9 août 2021 1 09 /08 /août /2021 15:33
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.

 

La péniche est l'un de mes fantasmes. Lorsque la lassitude envahit ma vie, lorsque me quitte l'énergie et que je ne trouve plus le sens du labyrinthe, une envie de canal, d'évasion, de grand air me poursuit. C'est mon besoin d'ailleurs, mes palmiers occitans, ma plage de recul, le canal du Midi.

Fantasme avouable et je me vois sur les canaux, voguant au gré de mon imagination lisant, clopant, glandant, chantant, vagabondant, buvant, copinant, vivant, poétisant et j'en passe, la liste n'étant pas exhaustive.

À la rencontre des paysages, des humains retrouvés, entre deux rives, l'horizon dégagé, la perspective déroulante… Un endroit où les gens ne font plus semblant de s'aimer pour se donner l'illusion de la paix. Un aparté dans le présent.

Lorsque parfois taraudé, usé par une récurrence anxiogène, j'ai le dessein de tout abandonner et de changer de vie, d'horizon, d'avenir, je m'imagine en marinier à la proue d'un immense bazar contraint entre deux berges.

L'esprit trop occupé à l'engagement de l'instant, trop obsédé par la nature de nos projets s'use à ne savoir le décanter. À ne pas voir le bout du rouleau lorsque nos énervements dépassent nos émerveillements en stressant le temps et en le concentrant.

C'est alors qu'il faut prendre du recul. C'est le temps du repos si rare en paysannerie tant les tâches succèdent aux tâches, tant les circonstances additionnées poussent au labeur qui sans cesse par vagues successives revient à l'esprit en culpabilité grossie par la fatigue.

Pour peu que les circonstances globales deviennent anxiogènes, délétères et que chacun se renferme sur ses égoïsmes le cocktail devient explosif. Mettons de la distance là où la vie nous dickte afin d'éloigner l'horizon, d'ouvrir la perspective et d'accepter les autres, de comprendre leurs désaccords.

Nos sociétés, du reste, par leur consommation, leurs manipulations n’autorisent même plus cette détente à leurs nourrisseurs.

C'est alors le moment de la stratégie de la machine arrière, du recul pour mieux sauter, de la temporisation mentale, et la réflexion posée devient indispensable afin de mettre la machine en performance minimale pour répondre idéalement à la situation. Nous n'avons pas tous les mêmes privilèges et nos métiers de terriens nous empêchent souvent les grandes villégiatures ne pouvant laisser derrière nos responsabilités. Alors nous partons vers des voyages immobiles, vers du tourisme de proximité, vers de la simplicité joyeuse…

Et les hasards alors nous guident sur une route enchantée à l'occasion d'une balade, d'une onde claire, d'une lecture, d'une rencontre, d'une visite pour reconstruire en dedans l'édifice de notre idéal fissuré par l'obsession de nos projets. Le lâcher-prise n'est pas un laisser-aller. Notre for intérieur, à nul autre pareil, a un besoin irrépressible de poésie, de tendresse, d'amitiés, de rencontres, d'un verre au bord de l'intimité pour exister et recréer et repartir et émaner et s'exprimer sans que la force de la conscience ne vienne briser ses rêves sur les digues de la réalité. La réalité qui dans le fond n'est qu'une interprétation collective imposée à soi-même et aux autres.

Je ne sais pas encore quel livre je vais rouvrir, quelle visite je vais recevoir, quel périple je vais entreprendre, quelle chanson nous allons entonner, quelle inconscience nous allons imaginer mais il va bien falloir prendre du recul pour ne pas céder car la période cruciale de la cueillette s'avance à grands pas et qu'encore rien n'est prêt. Une chose après l'autre. Pour l'heure nous agrandissons la cave et nous allons mettre en bouteille. Nous sommes toujours trop inquiets de l'avenir qui a le talent de nous désorganiser pour mieux nous démentir une fois devenu présent.

Nous sommes toujours en retard sur nos idées. L'on pense toujours faire plus vite, faire mieux. La nature oblige à la lenteur dans une société boostée aux amphétamines médiatiques.

C'est l'heure du repos, advienne que pourra. En paysannerie il est bien relatif car la machine ne peut jamais s'éteindre complètement, juste marcher au ralenti pour ne pas trop nous absorber, nous gober tout crus et sonner l’hallali de nos ambitions rurales, de nos engagements terriens dans un épuisement précoce.

C'est un peu cela aussi l'engagement, un avancement, parfois aux forceps, obligé par nos raisins, par la météo, par nos clients si prompts à nous oublier, par notre ambition si prompte à nous épuiser. C'est qu'il faut prendre de la hauteur pour ne pas attraper le vertige d'un quotidien plus que prenant de mille détails à faire poser genou à terre au plus preux chevalier. Dans une société qui n'avance plus à l'aune de la nature mais à la vitesse de son manque de sagesse nous devons trouver notre place, imposer notre différence, vanter nos mérites agricoles sans perdre la boussole et, happés d'une tache à l'autre, d'un pas de sénateur, être à hue et à dia tout en gardant les idées fraîches.

 

Août est l'antichambre de septembre majeur où se jouera le futur vin. Alors anticipons la merveilleuse excitation de la vendange pour mieux l’appréhender afin qu'elle coule entre deux rives bien sages, guidée par le vigneron, pour qu'aboutissent le millésime et le travail de l'année. Nous ne faisons que guider le travail de la terre sans appui d'artifices afin que rejaillisse la vérité du terroir.

 

Se reposer pour voir plus juste et ne pas se laisser déborder à la barre de sa destinée, entre deux rives : comme un canal. Si au hasard d'un méandre un marinier passe par là, à quelques encablures de Cadablès, qu'il n'hésite pas à me héler, à m'inviter à son bord car je n'arrive jamais les mains vides. Je viendrai avec mes quilles pour refaire le monde et je trouverais en chemin du saucisson afin de rencontrer un nouvel ami. Tout simplement.

 

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7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 08:25
Plantation.
Plantation.
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Plantation.


Un hectare est un carré de 100 mètres sur 100 mètres lorsqu'il est carré bien évidemment ! S'il est rectangle, parallélépipède on s'adapte afin de retomber sur nos pieds. Ainsi cent mètres sur cent mètres font dix mille mètres carrés et dans nos campagnes nous parlons plutôt en ares et en hectares. L'are vaut un centième d'hectare soit cent mètres carrés et le mètre carré devient alors centiare.


Déjà vous en savez plus que certain ministre !

Ce terrain parfois pentu, caillouteux, terreux, pour nous en l'occurrence argilo-calcaire-basaltique est préparée en circonstance afin d'accueillir la nouvelle vigne, la nouvelle plantation. Ripage en profondeur ou des dents d'environ quatre-vingts. centimètres pénètrent le sol, tirées par un tracteur conséquent afin de décompacter. D'autres techniques existent mais ici l'idée, en agriculture biologique, est de ne pas retourner les sols afin de ne pas détériorer la vie aérobie, anaérobie. Le champ, en tout cas le notre, est reposé de toute vigne depuis plus de vingt ans et a accueilli durant ce repos, ânes, chevaux et vaches qui ont paissé l'herbe venue.

Car un sol vit comme chacun le sait, en espérant que le ministre le sait aussi, ce qui n'est pas si sûr. Longtemps le sol a été considéré, par les plus savantes institutions, comme un substrat sans vie que l'on pouvait utiliser à sa guise, et le respect était alors relégué au énième niveau. Longtemps ? Il n'y a pas si longtemps d’ailleurs. Chez beaucoup encore plane le doute. Cette idée nouvelle, cette lumière céleste n'a pas encore éclairé toutes les compréhensions et nombre de professionnels retors, laboureurs invétérés, restent destructeurs à grande échelle de biodiversité.

Abandonnons ver, micro-organisme, champignon en tout genre pour revenir à nos moutons. Ainsi le sol décompacté et aéré est aplani, arpenté à l'aide de roseaux, de repères, de fils de fer, de cablettes jaugées, de mètres, de décamètres et de grattages de tête . Mesuré, trigonométré avec l'aide de Pythagore afin que ne parte dans tous les sens la future plantation. La vigne aime l'alignement, le rang et contraint le vigneron à la rigueur presque militaire lors de sa création. Les maths précèdent la poésie pour poser un décor de rigueur avant de pouvoir exprimer la sensibilité de son vigneron. C'est le corps noué des souches vieillis plus libre, insoumises, les racines bien droites dans un sol vivant qui pourra exprimer toute sa nature en poussant vers le ciel ses sarments vigoureux.


Le sol arpenté, mesuré, repéré jusqu'au dernier centiare est troué au plantoir, à distance régulière afin que le planteur y dépose le plan de vigne soudé-greffé commandé préalablement au pépiniériste. Je passe les détails techniques pour ne pas alourdir, pour garder du mystère, ne pas ennuyer et ne pas trop rencarder le ministre afin de garder un peu d'indépendance. In fine un arrosage sous pression est nécessaire pour praliner les racines du plan et démarrer sous les meilleurs augures . Nous en avons posé deux mille huit cents sur soixante ares.


Les plans sont posés dans le sol, les uns derrière les autres, rangées après rangées et lorsque le soleil monte au zénith les gosiers asséchés, les appétits ouverts espèrent la sacro-sainte pose du midi où le ploc du bouchon récompense les amis. Les rires joyeux fusent et l'on parle cépage. Le cépage est l' âme du plan de vigne en quelque sorte. Ici il y en a deux : sincaut et aramon. Traditionnels, enracinés, adaptés, pour aller chercher profond la quintessence de la terre, des cailloux, des éléments et créer l'alchimie complexe d'un futur vin imaginé par les vignerons.


On retrouve beaucoup le sincaut en culture méditerranéenne. Cépage trop souvent vinifié en rosé qui donne des rouges légers… Sans être dénués d'intérêt l'aramon quasi abandonné donne de grosses baies caractéristiques et dès lors qu'il est bien mené et maîtrisé des vins fruités, peu concentrés. Il surprendra plus d'un sommelier, si tant est que ces derniers aient la vertu de bien vouloir sortir des sentiers balisés.

L'aramon à l'instar du Terret blanc ou gris fut longtemps cultivé en Languedoc mais dans le seul but de faire des rendements hors pair bien peu garants du moindre niveau de qualité. Ces cépages sur des coteaux peu productifs, évidemment cultivés en bio, donneront à coup sûr des vins de soifs, des vins d'amis, des vins qui permettent aussi de refaire le monde aux repas de midi avant le recul nécessaire de la sieste. Des vins d’instants, d’épicuriens. Des jus évoquant une robe légère, une brise soudaine. Car il y a tout cela dans le vin que l'on croit parfois petit. Les Terrets par exemple déclinés chez nous en blanc en ont surpris plus d'un par leur caractère, leur complexité, leur buvabilité et un caviste Belge - qui n'a pas la papille orientée par ses annonceurs a cru bon d'en parler comme d' un grand vin.

Les aramons et les sincauts garde légère de notre armée se boiront dans les deux ans au bord d'une rivière, sur une nappe à carreaux, la bicyclette jetée dans les buissons. C'est joyeux comme un printemps précoce, comme un espoir de congés payés.

Voilà tout ce dont à quoi l'on pense le dos courbé, le plantoir à la main car il faudra au moins trois ans avant les premières gouleyances. Trois à quatre ans de patience, de taf sur la parcelle plantée en gobelets traditionnels pour faire comme avant. Avant l'invasion des sauterelles mécaniques vendangeuses où la main apportait son parfum, avant l'omniprésence de la chimie débordante assurant la récolte en dénaturant toute perspective de naturel.

Du haut de nos coteaux surplombants la plaine on plante des raisins. Une ode à l'horizon comme on porterait un enfant à bout de bras.

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25 décembre 2020 5 25 /12 /décembre /2020 17:49
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.



                                             Il y a tout juste un an je me lançais dans l'écriture de nos pérégrinations viticoles pour raconter notre changement de vie assez radical de la Corse à Cadablès. Un premier texte: " les potiers de Portigiolo" devait être suivit de celui-ci, puis d'autres encore devaient voir le jour sous ma plume enjouée.


                                           Seulement 2020 coupa court, pour les raisons que vous imaginez, en m'absorbant par ailleurs. Cette trêve des confiseurs me laissant un peu de répit , je reprends l'aventure où je l'avais laissée il y a quelques mois.

                       - Premier mouvement : '' O corse, ile d'amour,  les potiers de Portigliolo ''. http://domaine-de-cadables.over-blog.fr/2020/01/o-corse-ile-d-amour-les-potiers-de-portigliolo.html

                      - Second acte : De la corse à Cadablès, il y a une mer.

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Décembre 2003. J'étais assis ce soir là au bord de la terrasse. La nuit venait de tomber . De là s'étalait devant mes yeux le paysage que nous allions quitter. J'étais assis devant l'inconnu, peut être au bord d'un gouffre que nous avions décidé de sauter. Au premier plan le jardin, puis le maquis jusqu'à la plage, la mer. Plus haut, la tour génoise éclairé par la lune donnait du mystère à l'avenir.

Ici rive sud du golfe d'Ajaccio , les débuts, voilà dix ans, avaient été épiques. Le succès venu, un ronronnement dans un certain vrombissement créatif avait finit par l'emporter et la vie passait paisible.
 
Mais voilà, l'esprit d'aventure que nous avions mis en demi-sommeil , retoqué à  l'entrée de nos consciences en cours de ramollissement. De rêveries en projets plus construits nous décidâmes de repartir à la conquête du continent vers un avenir qui nous semblait alors plus opportun et plus ouvert. Et puis un tas de motivations plus ou moins loufoques, plus ou moins légitimes nous taraudaient. L'envie d'aller voir ailleurs  , l'envie de relancer de grands projets La peur de tomber dans un ennui bourgeois qui ne nous nourrirait plus. La peur de ne plus exister à nos propres yeux.

L'année avait été remplie d'illusions et de désillusions authentiques, pleine de rebondissements et l’ascenseur émotionnel en montagne russe animait notre maison à la prou de notre ambition. La vie vrombissait de toute part et nous préparait à l'autre rive sans que nous le sachions vraiment et les croches pattes étaient, dés lors , des échecs rutilants que nous affrontions pour mieux nous relever et repartir à la poursuite de notre dessein.

Décembre 2002: Le château dont nous nous portions acquéreur auprès du Conseil Départemental tomba aux oubliettes le jour où je le visitai car trop éloigné à mon goût de la civilisation et la forêt l'entourant de déclencher en moi une irréversible aversion. Nous avions avant la visite convaincu les politiques, les techniciens à travers un dossier rondement ficelé. Mais le jour J l'émotion tant attendue se fit attendre et nous décidâmes de concert d'abandonner la juteuse affaire.

Juste une affaire d'émotion, de cœur nous fit reculer après avoir rencontré le député tout dépité de ne pas nous voir foncer pour clôturer son dossier. Nous avancions à deux, depuis toujours et le cœur arraché, ma moitié accepta ma décision de ne pas vouloir aller nous perdre sur cette montagne rédhibitoire. Lorsque la raison s’affole l'irrationnel prend le relais et en toute humilité nous avons fini par penser que nous trouverions beaucoup mieux ailleurs car simplement, nous le valions bien. Je rappelle au lecteur assidu que nous n'avions pas encore 40 ans !

Et de retourner ce soir là, à vrai dire, un peu secoué partager un dernier repas avec mes chers beaux parents avant de reprendre le lendemain l'avion pour Ajaccio. La conversation, comme d'habitude à cette belle table, allait bon train et les projets jaillissaient déjà en cascade créative, en bonheurs échangés. Au détour d'une phrase mon beau-père me suggéra d'aller voir le domaine de Canteperdrix, des Suisses  y avaient réalisé ce que nous recherchions. Mais il fallait attendre le prochain voyage planifié dans trois mois.

Et ce nom me colla à la peau : Canteperdrix ! Il revenait sans cesse à mon esprit comme une obsession, un leitmotiv récurent durant les trois mois qui nous séparaient de la visite. Je ne sais pourquoi ce revolving mémoriel alors que je travaillais,  que je vaquais à ma vie quotidienne remontait à mon esprit.
 
Ainsi par un joyeux matin d'hiver, les enfants débarqués chez leurs grand-parents, me voilà parti à la rencontre amicale de l’obsessionnelle Canteperdrix.  Je n'ai pu, ce jour , aller jusque-là, arrêté net quelques centaines de mètres avant. La vie venait de me faire le coup de la panne et au tournant du petit chemin gravillonné, je vis Cadablès ! Un choc esthétique, presque irréel. Une goutte de sueur apparut malgré le temps, tant l'émotion était palpable et je fit demi tour illico afin d'aller chercher ma muse car je venais de découvrir la propriété de nos fantasmes, le mas de nos rêves les plus fous et j'étais pourtant bien éveillé. A deux nous la contournâmes, nous l’analysâmes, nous la scrutâmes, nous l’envisageâmes même sans penser un instant au seul bémol : elle n'était pas à vendre !

Lorsque revenus au réalisme de notre entourage le bémol apparut, nous le chassions d'un revers de manche en déclarant : " Ce n'est pas grave, bientôt elle le sera et nous l’achèterons, on va se renseigner''.

Et nous nous renseignâmes en mettant tout le clan en action. Chez nous on fonctionne par clan branché sur un indéfectible wifi émotionnel et affectif. Nous ne sommes jamais seuls tant les fils d'argent de nos consciences et inconsciences nous relient à travers mer, plaines, bois et montagnes. Et un beau jour, comme il en existe tant, l'information rebondit des méandres familiaux jusqu'à la maison de bord de  mer  par l’entremise du téléphone .

- "votre propriété vient d’être vendue à un homme d'affaire, châtelain de surcroît, étranger au village et même à la région".
 
Un homme venu du Nord. Le syndrome Simon de Montfort nous traumatise encore dans le Bitterois. C'est dire. C'en était trop !
 
Nos sangs méditerranéens ne firent qu'un tour. Notre ire légitime se déversa sur la Safer Languedoc Roussillon chargée depuis quelques mois  de nous trouver une propriété viticole pour une installation  "jeunes agriculteurs". La Safer avait, pour nous, dérogé à sa tache et nous lui fîmes savoir,  avec un langage fleuri, déversant notre émotion non retenue sur le bureau du directeur qui se défendit comme il le put en nous faisant patienter quelques jours pour vérification.
 
Les deux, trois jours furent un enfer avant d'apprendre, par un langage "Quai d'Orsay", que ce dossier n’était pas encore arrivé en Safer et que par conséquent la vente n'était pas abouti et que seul le premier acte était signé.
 
C'est alors, car rien en ces temps d'ambition ne nous arrêtait, que nous concluames tout bonnement, qu'il fallait démarrer une procédure de préemption afin de chasser hors les murs l'envahisseur outrecuidant.
 
Ceci fut dit en terme plus prudent à Monsieur le Directeur qui nous noya dans des terminologies complexes et nous compriment instinctivement que nous devions passer en haute sensibilité politique en abandonnant nos postures cavalières et fonceuses.
 
  Nous dûmes nous adapter à un monde que nous ne connaissions pas mais nous avions à cette époque en réserve , des ressources incroyables, une belle part de chance mais aussi et sans le savoir des relations et des influences haut placées, très hauts placées.  Lorsque l'ambition est belle et légitime l'énergie converge et les choses se font, se décident par hasards interposés comme si celui-ci n'en était pas vraiment un. Une impression que tout l'univers pousse dans le sens de l’énergie que l'on émet.
 
Et le parcours du combattant débuta car tout se mérite après tout. Et les obstacles apparurent les uns après les autres. Et nous les combattions avec fougue , avec les l'aide des uns, l'appui des autres et se déroulait devant nous un tapis suivi inéluctablement d'un Himalaya que nous devions re- escalader sans nous désespérer.
 
Et ce soir de décembre 2003 j'étais assis sur le bord de la terrasse à contempler ce que nous laissions alors que le dossier de préemption était loin d’être clos.
 
Seulement la maison  de  la cote était vendue, les cartons préparés laissant au logis le strict minimum du quotidien de ces dernières fêtes Corses. Le téléphone sonna alors que  la rentrée de janvier prévue sur le continent pour les marmots déjà pré-ados  et le conteneur réservé pour les premiers jours de 2004 étaient bouclés. En décrochant une voix féminine suave et sans âme, un peu gênée, m’annonce tout de go que la compagnie maritime de conteneur, suite à un accord avec le syndicat des travailleurs corses, ne ferait plus de prestations à partir du premier janvier. Plus de conteneur. Les cartons, les meubles et le matos de l'atelier de céramique rangés militairement dans l’attente du transporteur nous poussait à trouver une solution de rechange, en un temps record durant les fêtes de fin d'année en Corse du Sud.

In fine c'est en camion de location surchargé que nous effectuâmes les rotations durant deux week-ends après avoir embarqué notre marmaille dans le vol hebdomadaire pour Montpellier via leurs grand-parents. Les amis étaient là donnant leurs bras au chargement, leur énergie à l'amitié.

De potiers en Corse à vignerons en Languedoc il avait une mer à franchir. Nous venions de le faire mais Cadablès n’était pas encore à notre disposition tant les embûches juridiques, les ralentissements administratifs, les velléités locales enfonçaient dans nos roues les bâtons du désaccord.

La tension fut telle que nous ne pouvions visiter les lieux alors que nous avions versé une somme substantielle afin de s'assurer la continuité du dossier auprès de ces messieurs qui espéraient nous voir reculer afin d'éluder un dossier trop encombrant. Signer un contrat d'achat sans visiter nous paraissait une formalité tant nos cœurs battaient à l'unisson du lieu que nous admirions discrètement, sans nous montrer, à travers bois ou de la route.

Et nous foncions abandonnant assez souvent le langage policé de la compromission pour hurler celui de notre vérité. Il ne pouvait pas en être autrement et aucune alternative n'était plausible à nos yeux écarquillés. C'est en octobre de la même année que le contrat définitif fut scellé alors que nous avions dés avril, envahi les lieux pour y camper, cultiver la vigne et même commencer des travaux tout à fait illégalement au prétexte que la nature ne pouvait attendre.

 

Quatre tentes plantées dans la garrigue, deux vignerons en herbe, trois collégiens, une enfant bredouillant ses premiers pas et tout le clan nous soutenant pour entamer une aventure afin de porter nos enchantements au pinacle de la réussite.

C'est une histoire d’acharnement dans le fond, d'envie plus que de raison, d'insouciance idéaliste avec la fantaisie de vouloir imprimer dans le réel ce que nous avions dans l'esprit. Le campement dura quatre mois. les orages du soir, les oiseaux du matin que nous entendions à travers la fine toile, les repas sur la veille table de ping-pong, la cuisine précaire installé dans une grange éculée, la palette de livraison et le tuyau à la pression instable pour une douche de fortune n'ont pas entamé notre détermination vers la concrétisation du projet.

Les débuts sont toujours porteur d’énergie et la chance du débutant sourit aux ambitieux. Mais c'est ensuite, avec les années que l'on apprend la détermination du marin, que l'on comprend ce qui forge, que l'on sent le cap à tenir malgré les tempêtes. Et il y en eut durant 10 ans !
 
Cadablès 30 ha de terres, vignes, landes, bois, oliviers, champs, 1 200 mètres carrés de bâtiments, une vue époustouflante. Hormis la vue tout était à restructurer, à revisiter, à retaper, à reconstruire... Une folie, il faudrait plusieurs vies.
 
Nous allions devoir nous retrousser les manches plus que sérieusement car le défi était impossible mais nous ne le savions pas,  trop occupés à avancer.
 
Installés in situ en forçant le destin dés avril, nos premières vendanges de néophytes en septembre 2004 concluaient une étape essentielle vers le vin.

Vint ensuite l'apprentissage de la terre. L'apprentissage du milieu, de l'humain, de l'environnement et de ces milliers de petites choses qui ne se disent pas, qui se sentent seulement.

Mais ici les pierres respirent et Bacchus veille. Heureusement !

 

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12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 07:59
Novembre cloîtré.

 

 

Et voilà que la récurrence épidémique nous renvoie aux peurs du printemps et ce mois de novembre à peine entamé nous recondamne à un repli sur nous-mêmes dans une relative claustration.

 

La force de l'habitude nous désinquiète un peu comme si nous devenions chacun de vieux briscards ayant déjà survécus à la première attaque.

 

 

La surchauffe médiatique exponentielle, les annonces officielles discordantes, les spécialistes et les pseudo-experts nous en font perdre notre latin. Et, par conséquent l'on entend à hue et à dia des avis dissonants et un lambda ne sachant plus à quel saint se vouer.

 

Et si tout cela permettait de garder nos bons vieux en les désexposant au danger et nos soignants en leur allégeant la rude tache du quotidien. Et si tout cela nous permettait de reconditionner nos existences en portant nos regards sur l'essentiel, l'a coté, la proximité, la vie si précieuse et ténue.

 

Déjà le printemps vit refleurir un semblant d'espoir que l'automne repoussa. Comme pour nous rappeler aux changements que dans la joie ou dans la peine nous serions obliger d'accepter.

 

Toute époque a ses défis et nous propose de relever nos manches pour que l’énergie de la création assèche la négativité ambiante de tous ceux qui pensent que s'était mieux avant.

 

Quel intérêt à vivre si l'on ne doit pas se sublimer ?

 

Entreprendre, voir, sentir, envisager, sortir de nos zones de confort afin de créer un monde pour lequel nous aurions notre mot à dire, dans lequel l'empathie, qu'elle soit envers autrui, la nature, les idées, les actions, les animaux et la terre reprendrait un sens cardinal.

 

Nos glorieux aïeux ont eux aussi traversés des crises, des guerres, des disettes, des remises en questions plus perturbantes que nos générations parfois trop opulentes pour penser demain à bon escient.

 

Et j'entends se plaindre ici ou là en jérémiades organisées les tristounets de tout poil qui vouent notre avenir à des cataclysmiques malfaisances, à des complots fumeux qui échapperaient à la volonté de chacun. J'entends hurler des réfractaires obsédés dont le manque d'ambition et d'humanisme parfois se mute en paranoïa haineuse et en cris déjantés.

 

Que nenni ! Ne nous laissons pas envahir par de sombres pensées et laissons la lumière allumée dans nos esprits vagabonds, dans nos cœurs d’artichauts en donnant une feuille à chaque espoir qui point. Le goût de l'autre est de bon goût.

 

Réinventons une façon de fonctionner, d'aimer, de vivre, d'émaner, donnons du sens à nos instants pour que repoussent de petites fleurs au bord des talus, qu'à nouveau sourdent les sources entre les rochers.

 

 

 

L'aventure commence à l'aurore de chaque matin et demain doit rester lumineux, éclairé par les pensées altruistes de nos esprits revigorés par l'entreprise de l'avenir.

 

Il n'a jamais été aussi urgent d'imaginer. En période de trouble, il faut aller surnager au dessus des miasmes et des pièges tendus. Les autres n'ont que le pouvoir que l'on veut bien leur donner et leur échapper est d'abord échapper à ses manques de courage, à ses manques d'utopie.

 

Ah quelle belle époque ! Elle nous empêche de reporter le prochain rêve sous peine de rater le prochain train. Il est bien temps d'allumer son existence et l'opportunité est trop tentante d'aller vivre au plus prés de sa subjectivité histoire de suivre le flux de sa vie. Le suivre sans artifices, ni tambours, ni trompettes. Le suivre tout simplement, tout naturellement en profitant de brûler tous ses carcans de paille réducteurs de visions panoramiques.

 

Une vision d'ouverture en soi et non de repli est un espoir à faire reluire en le polissant au jour le jour pour que brille la particularité de chacun dans la bienveillance de tous. Le monde change changeons avec, dussions nous décompenser pour mieux compenser, déconsommer pour se libérer, détricoter pour se retrouver, décompresser pour moins se hâter.

 

La vie a les épaules larges et l'imagination féconde pour nous surprendre à chaque virage.

 

Comme elle ne s'en prive pas, autant se lover !

 

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 14:58
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !

2020 : A fond de train !

 


Lorsque l' on imagine les détails, les possibilités, les potentiels de pannes, de problèmes, d'anicroches qui peuvent advenir durant les vendanges, le vigneron est poussé par un stress tout légitime à organiser l'aboutissement de l'année de sueur durant tout le mois d'août.

 

Et se bousculent dans sa tête les couacs des années précédentes afin d'y pallier. De trouver des subterfuges, des solutions à toutes les éventualités éventuelles qui ne vont pas manquer d'arriver et qui pourraient faire sombrer les vendanges dans un abîme et entraîner l' inéluctable. Les pensées orageuses se pressent en foule à l’orée de septembre. Pensées d'avant combat, pensées de vestiaires pour parer, tuer le temps, chasser les incertitudes toujours plus nombreuses à patienter le premier coup de sécateur.

A organiser au millimètre on en perd toute notion et laisser une part au hasard, une part à Bacchus rendra plus vivante l'action, plus inattendus les aléas, plus
goûtu le réel et donnera à septembre majeur son panache absolu. La part d'incertitude rend encore l'aventure attrayante car l'on ne sait jamais à quoi, à qui il va falloir s'adapter.

L'aventure d'une année à la vigne , d'une année en bio se ramasse à la main, parfois dans un désordre articulé. Souvent sous un soleil encore vaillant, avec une joyeuse équipe pourvu d'un sens de l'amitié et de la vie hors pair. La période est habituellement ponctuée de surprises mécaniques qui viennent enrouer la clarté des esprits les plus prévoyants.


La loi de l’emmerdement maximal fait souvent foi au vignoble comme pour tester la détermination du faiseur de vin, l'engagement du viticulteur à pérenniser un mode laissé ailleurs aux sauterelles infernales, vibrantes machines à massacrer la plante.

Ici c'est à la main ! Un peu comme avant, une peu comme toujours et les matins joyeux aux langues déliées laisse la place aux dos fourbus lorsque le soleil monte au zénith.

 

Ici c'est à l'humain que le vin se compose en s'harmonisant dès sa naissance à la vertu de la main pensante.

Ici c'est les traits tirés, en fins de journée, un sourire vissé sur nos faces mal rasés, les filles harmonieusement déguenillés, que nous accueillons le raisin en cherchant l'angle sous lequel nous allons devoir le vinifier.

Ici, c'est hors du temps le temps d'une vendange et les rires joyeux, les algarades font oublier les soucis de la veille et les problèmes du lendemain.


Et 2020 survint ! Avec quinze jours d'avance que nous n'avions pas prévu.

A fond de train nous dûmes préparer la cave, la briquer, l'organiser pour recevoir jus et baies déjà murs alors qu' août n'avait encore pas tiré sa révérence. Tout dodelinant des chaleurs estivales nous sortîmes précipitamment de la torpeur pour tout organiser en un temps record.

Et la matière vivante déboula en cave dans l'euphorie ''Cadablèssienne'' habituelle à l'aune de nos états d'esprits ragaillardis par un état phytosanitaire parfait et des quantités largement suffisantes. L'équation parfaite pour agencer l'alchimie de l'année 20.

Et la magie réapparut sortant de son chapeau un millésime qui arriva sur la table de tri à un rythme régulier, qui s’enchaîna parfaitement durant une dizaine de jours. Les maturités exemplaires et les baies gonflées d'un espoir liquide réjouissant entraînèrent nos esprits dans des limbes euphorisantes.

Et de m'entendre répéter à longueur de vinification : c'est magnifique !

Nous redescendions parfois de notre olympe, éreintés de fatigue, les doutes vite chassés par la récurrence des journées terminés trop facilement. Autour d'une tablée vivante, bien pourvue de saines quilles, de simples et beaux mets, les journées s'achevèrent un verre levé haut à la gloire des vendanges et des belligérants avant d'aller rêver et recharger pour le jour qui suivait.


Les journées sans problèmes d'une vendange harmonieuse se déclinent évidemment de quatre ou cinq heures le matin à dix neuf ou vingts heure le soir. L'harmonie fait digérer bien des choses et la fluidité de l'année nous fit faire des sauts de cabris tout le long.

 

De gare en gare le train joyeux avala les courbes, les vallons, les sublimes points de vues mais fi des tunnels enfumés, des virages trop serrés, des déraillages intempestifs pour venir déranger la quiétude relative du présent.

La vapeur décroissante in fine, les mouchoirs aux fenêtres et la dernière étape pour cueillir un blanc tardif dans nos contrées méridionales. Cépage rare au demeurant que nous n'avons pas voulu laissé choir aux oubliettes de la modernité. Le Terret Bourret que nous associons dans la bouteille à du Carignan blanc donne un vin vif, long en bouche, floral mais pas exubérant. Un vin sec, fin, élégant cueillit au terminus de nos vendanges. Ramassé à la caisse et porté en ringuinguette les uns à côté des autres nous filons vers la cave fermer définitivement le ban.

La soulenque repas traditionnel de clôture, ponctué d'anecdotes, d'amitiés qui se forment à peine que déjà nous devenons tous nostalgique d'une vendange exceptionnelle d'équilibre.

Le roi est mort, vive le roi ! L'an prochain sera une autre année mais les souvenirs de celle là resteront gravés comme un bonheur, marqué d'une pierre dans la mémoire des lieux.

Et le train-train de l'automne pour reposer nos veilles carcasses et délasser nos muscles va s'étirer jusqu'à la taille. Et la nouvelle année viticole renaîtra dans la solitude du paysage et le déclin de l'année civile.

Je m'entends encore penser à voix haute : c'est magnifique !

 

Sur le quai de la cave je regarde le soleil apparaître par delà les collines et j'ai le sentiment que la vie se passe ici et maintenant.

 

C'est magnifique et parfois plus que ça.

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 06:45
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !


L époque !


L'époque devrait être à l'humilité, elle ne l' est pas. L'époque devrait être à l' empathie, ce n'est pas mieux et ainsi parler de partage s'apparente plus à de l' utopie qu'à du réel.

Et nous jouissons nous pavanons nous promenons nos bedaines ridicules au front de mer de notre égocentrisme dans l'espoir que reluise notre image dans le regard un peu flou de nos contemporains.


L'époque nous offre le meilleur dans une débauche matérialiste sans précédent. Et voilà qu'en guise de remerciements, de dévotion, nous détruisons, nous spolions, nous trichons, nous manipulons un environnement sans lequel, comme un fœtus de paille, nous exploserions en milliards de particules pour nourrir un sol que l'on a que trop piétiné. Nous finirons humus car
l' on ne se dérobe qu'un temps.

L' époque devrait être à la joie mais la morosité d'un avenir plus terne annihile nos espoirs et dans un branle bas inflationniste nous nous préoccupons plus de l' immédiateté de l'avoir que de l'avenir de l'être. Happés par un productivisme enjôleur, démagogique et démoniaque nous filons droit devant dans un épais brouillard, rassurés par des pilotes automatiques laissés là par des happeurs depuis longtemps bien à l'abri des soubresauts.

Marionnettes automatiques nous pourrions couper court ces fils tragiques qui nous relient à nos gourous et réinventer un monde ludique, spacieux à la mesure de nos désirs.

Nous pourrions ré orienter par nos pensées, nos actions, nos consommations si tant est que nous nous libérions des rets artificiels tissés autour de nos consciences qui nous font réitérer jours après jours, épisodes après épisodes, égoïsmes après égoïsmes. Nous ignorons que nous avons le pouvoir, nous refusons notre propre beauté.

Et si le goût de l'autre devenait salvateur ? Le plaisir d’être, de partager un instant, un esprit, une conscience en s'éloignant de la prédation symptomatique de nos excès ? Et si par le regard du cœur nous reconsidérions nos vues brouillées par le profit, la rancœur et laissions renaître le rire magnifique de nos enfances oubliées ? Nous avons tous une forte propension au bonheur, à la simplicité, à une infinité de choses indescriptibles qui nous relient à la vie, au présent, à l'univers.


Et s'il suffisait qu'une parcelle de nous même se rebelle pacifiquement, s'offusque, se prenne en main et chausse les bottes de sept lieux afin que renaissent instamment une époque épique où la nature de chacun prévaudrait sur nos enlaidissements systématiques.

Rêvons, créons, osons !

Nous avons ce pouvoir et avons laissé choir cette prépondérance. C'est peut être parce qu'on l'a oubliée que des bergers pervers ont pris les directives en nous privant de nos prérogatives naturelles.

Laissons aller l'artiste au fond de nous, enfoui par une conscience sociale inculquée depuis nos premiers pas dans le monde des autres. Nous sommes tous fait pour quelque chose dans le fond mais l'avons oublié au fil du temps, au fil des peurs, au fil de l' ordre.

Dans la bienveillante solitude des vignes, au cœur des paysages naissent des idées saugrenues dans la tête des vignerons, ces idées soufflées par les vents, par le corps noués des souches, par les nuages au couchant couvrant le soleil entre ombre et lumières. Il faut écouter le cri de la beauté en arrêtant l’incessant bourdonnement de l'artifice pour qu’éclose les graines du futur.

Bien vivant, bien ancré au sol la tête au ciel à respirer à plein poumon, à plein pouvoir il naît des ires irrépressibles. Des colères à projeter en mots sur un bout de papier par une sentinelle quotidienne de l'environnement.

Mouvement continuel de la nature pouvant nous balayer d'un coup de pinceau par quelque subterfuge afin d'éradiquer un parasite prétentieux , orgueilleux, pète-sec et désagréable.

Éternel paradoxe d'une humanité pourvue de génie, basculant sans cesse entre yin et yan dans une bipolarité constructive ou destructrice.

 

 

Un espoir au bout du compte, une fenêtre entr’ouverte d'où pourrait s'envoler le renouveau issu de la parcelle de chacun. Et d'oublier tous les clivages, les différences, les haines et les peurs pour qu'un seul but s’épanouisse : garder intact le théâtre de nos élucubrations terrestres.

 

. Crédit photos : Charlotte Dubois, Alain Reynaud, Sy Cote de Thongue.

 

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 17:35
Credit photos Charlotte Dubois
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Credit photos Charlotte Dubois

À la santé de nos échecs.

C'est fou, c'est à peine crédible, c'est étonnant. Lorsque la molette de la souris fait défiler devant mes yeux éberlués le fil du journal de bord du réseau social, les réussites de mes amis virtuels me sautent à la face. Les succès pétaradants boostés au positivisme absolu me pousseraient presque aux rives de la dépression et ma vie devient alors d'un banal teinté de sombre, presque la vie d'un misanthrope reclus dans sa cambrousse. A ceci prés que je suis heureux dans mon repli, du moins c'est l'impression que j'en ai.

Et untel de nous donner une liste exhaustive de ses polluants déplacements à travers le monde, et un autre au volant de rutilantes carrosseries, qui boit du Petrus d'un air cérémonial et supérieur alors qu'il pourrait jouir d'un Cadablès, bien meilleur, et se pavane en vacances de pacotilles dans un club darladiladada. Qui se targue d'une insolente réussite équilibrée par un sens du partage jamais égalé me proposant en cliquant plus bas de révéler le talent qui se cache sous mon épaisse carapace de vigneron un peu bourru. Que nenni, rien à foutre de vos salades pestilentielles !

Mes amis sont formidables ! Seulement ils me culpabilisent fortement, à fréquenter les meilleurs endroits, à avoir fait cent fois le tour du monde, à ne manger que des mets délicats et les photographier afin d'en faire profiter alentour et même plus loin. Une vie formidable à la une de sa propre télévision.

J'en deviens à mes yeux un échec ambulant, un fantôme décharné sans substance, sans densité et mes cheveux qui blanchissent me renvoient inéluctablement à la santé de mes échecs.

Ah, mes échecs ! Parlons-en justement. Généralement ils reluisent entre deux réussites éloignées en prenant la forme de projets avortés, de claques dans la gueule, de désobligeances outrancières, d'orages de grêle, de coup de Jarnac, de manque de nez ou d'oreilles attentives, de manque de pot, d'ambitions non contrôlées.

Et pourtant je ne les porte pas à la une de mes dires, à la gondole de mon égo et pas plus pour afficher ostensiblement les quelques réussites qui en résultent.

Dans le fond j'ai fini par m'y attacher à ces échecs comme on s'enticherait d'un chien de quai, d'un chat un peu galeux.

C'est qu'ils sont attachants mes échecs, mes coups du sort et ils m'ont poussé à aller plus loin, à aller voir au-delà de la porte claquée, à partir respirer un air de liberté, à jeter un œil de travers, à aller à la rencontre de l'iconoclaste, du clown pour apprendre à écouter son ressenti en n’ayant que faire de la pensée édulcorée, canalisée dégoulinante de nos sociétés bien polies qui ont décidé de nous faire évoluer dans de petites boites trop étroites à mon thorax déployé. J'ai toujours eu envie de respirer.

L'échec pousse au large.

Déjà, très jeune, une cascade en bécane avait sérieusement anéanti mes ambitions estudiantines et rugbystiques en me clouant quelque temps sur un lit d’hôpital d'où il fallut se relever pour réinventer un avenir parsemé de quelques réussites. Et puis toutes ces entreprises individuelles conjuguées en famille, parsemées de vagues, de cols, de tempêtes, de fausses fraternités, de vraies rencontres, de folie douce qui aident à espérer, à arrimer ses convictions au réel en un semblant de réussite qui apparaît alors comme une chance.

Il faut du temps, de la sueur, des rires et des peines pour se comprendre un tantinet et c'est à deux que l'édifice prend forme en une joie re-jaillissante. Le mat, paroxysme de l’échec éblouit par la brillance de l'espoir se laisse choir aux oubliettes. Et le chemin s’entrouvrit dès lors que nous le prîmes à l'envers.


Et ainsi va la vie d’échecs en réussites discrètes, menues. Polarité essentielle à l’équilibre de nos délires. L’échec va dans le sens, donne de la santé, de la vitalité à nos entreprises lorsque la vie reprend le dessus. Avoir confiance en ses déboires en arrêtant de regarder le doigt pour mieux fixer l'étoile.

C'est tout un ensemble de choses dérisoires, de petits trucs insignifiants qui préfigurent un absolu. Vus du dessus, tous ces revers deviennent moindres et nous poussent vers nous-mêmes. Une victoire sans l'épice de la défaite est bien trop fade pour l'annoncer à grand renfort de tambours. Une éclatante réussite dans le mépris de l'autre n'est qu'un échec mal interprété.

Et je déroule le bandeau incessant des réussites amicales en m’apercevant que je ne reconnais pas grand monde dans ce dédale numérique qui défile sur mon écran.

Ah zut, je suis sur le profil d'un autre qui n'a pas penser à se déconnecter.

Errare humanum est. Je ne persévère pas, je déconnecte. Ouf !

                                                      ___________________________________

  crédit photo © Charlotte Dubois

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 17:04
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....

Je ne regarde pas les prix, je vis comme un riche et m'offre le meilleur. Une opulence communicative m'envahit, nous envahit (je parle au nom de mon clan) assez régulièrement et de bon cœur lorsque nous achetons, nous dépensons. Une frénésie de riche, assez fantasmatique du reste, on claque, on brûle, on dilapide mais uniquement lorsqu'il s'agit de bouffe. Les bagnoles, les bijoux, l’ostentatoire, le clinquant, le m'a tu vu on s'en contre fout absolument. Tout cela est dérisoire comparé à la valeur cardinale de la table.

Du producteur de saucissons, à celui de fromage en passant par la boulange, le blé, les lentilles, la viande, les fruits, les légumes, les patates, les canards, les oies, les œufs, les vins, le cidre, les jus, la bière et même l'eau gazeuse.... Tous nous adorent, nous voient arriver à dix lieues tellement nos esprits obsédés par la table, le bon, le goût, la qualité vont fusionner avec leur production.

On se nourrit sans compter, sans budget. Comme une richesse que l'on s'accorde au quotidien sans crâner, en toute simplicité car on a compris depuis bien longtemps que tout cela est d'une rentabilité absolue, que le placement est juteux, que cela ne coûte finalement pas grand chose au regard du rendement. La bourse, les placements, à côté ? Peanuts, roupies de sansonnet, que dalle, mauvaise affaire, usurpation, manipulation...

Se nourrir correctement n'est pas si facile. Cela nécessite une organisation de tous les instants, une logistique adapté et un sens aigu du circuit court. On se réunit très sérieusement, on calcule, on repère, on juge, on goûte, on quantifie, on analyse, on sélectionne, on se refile les bon coups car il ne s'agit pas d'acheter à n'importe quel prix, à n'importe quelle condition et à n'importe qui. Tous les milieux ont leurs malins, leurs escrocs, leurs manipulateurs qui gâchent le plaisir et discréditent le milieu. Pas d’angélisme puéril mais du discernement, de la constance, de la confiance. La confiance ? Celle qui ne se trahit qu'une fois, le trésor que beaucoup abandonne d'un air avide au bord du chemin. La confiance qui n'exclut d'ailleurs pas la vérification.


D'autant et j'ose l'affirmer qu'une alimentation locale, bio, respectueuse est bien moins chère qu'une alimentation industrielle et ''supermarkette''. Nous sommes tous dupés par un marketing manipulateur et par le concept du prix psychologique. Il faut engager une réflexion afin que tous aient accès au vrai, au bio, au local si tant est que celui-ci puisse nous fournir. A toutes fins utiles la production évoluera en fonction de la demande et la place ne manque pas dans les plaines pour cultiver légumes, fruits et céréales. Seulement on y préfère pour l'heure des plantations plus rentables et très conventionnelles ou, comme on l'entends désormais : "raisonnée" qui est l'euphémisme de chimique.

 

Une alimentation produite par des gens passionnés, qui ont trouvé leur vocation, leur passion. C'est le retour du paysan producteur de bonheur qu'il faut plébisciter, le retour de la main aimante, caleuse et transmetteuse.

Le goût : rien à voir. La qualité nutritive intrinsèque ne souffre pas non plus de la comparaison. Pas de rajouts d'eau émulsifiante, de matières grasses indigestes et dangereuses, point trop de sel, pas de subterfuge afin de ne pas prendre des vessies pour des lanternes, le sucre sans abus et les reliquats de pesticides renvoyés aux calandres.

La joie au cœur, le système immunitaire renforcé comme une armure des temps modernes, l'énergie débordante, le moral au beau fixe et la fierté de contribuer au développement local sont comme autant d'arguments lancés à la gueule des réfractaires partisans de la radinerie alimentaire. Bonheur du quotidien, du partage, de la convivialité, de l'amitié, de l'unité. C'est une civilisation à reconquérir.

Ce monde d'Épinal passe aussi parfois par le grand magasin nécessaire mais trop développé dans nos sociétés si pressées. Recréons par nos actions économiques, l'équilibre entre tous, de façon que chacun pusse exister sans abuser et que le torrent retrouve sa quiétude perdu. Micro-économie sur laquelle nous pouvons agir et recréer du lien pour s'enrichir d'une énergie toute neuve, sortie de l’œuf, toute naïve et prometteuse de futurs. Tous les possibles sont possibles !

Le coin, la contrée, le pays, la rue, le quartier en réponse à une mondialisation effrénée, foldingue et décomplexée pour illuminer le quotidien et les politiques qui vont souvent dans le sens du vent, reprendront ce souffle nouveau à leur compte et la vie évoluera dans la lancée.

La claustration et l'arrêt actuels me pèsent certainement un peu sur les neurones, perturbent mon mental, alors je m'interroge, j'élucubre sur cet espace faute de plus.

 

 

Puis, le lendemain du jour d'après je me réveillerai, peut être un peu déçu par la reprise, peut être dépité par beaucoup de mes congénères, mais nous, nous ne céderons pas aux sirènes de la surconsommation édulcorée produite à tous les diables. Nous ne lâcheront pas le principe essentiel de notre vérité, nous continuerons nos dépenses locales, notre tourisme de proximité, nous entretiendrons nos alentours, nous sourirons à nos voisins, trinquerons au bar du coin, commercerons en centre ville : même si...

Même si ? Et pourquoi pas un changement, même un embryon d'évolution pour ne pas devoir ré-applaudir à nos fenêtres, pour offrir un futur enviable à nos bambins. C'est un peu la moindre des politesses. Non ?

Ces quelques phrases dérisoires, un peu creuses parfois, pour ne pas dire naïves, posés sur un coin de mon blog pour tenter de dissiper les doutes, les peurs et reprendre espoir dans ce monde paradoxal mis en mal par sa folie consumériste, mis à genoux par le grain de sable de l'interdépendance qui ne profite qu'a certains bien à l'abri des regards.


 

 

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