Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 08:25
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.
Plantation.

Plantation.


Un hectare est un carré de 100 mètres sur 100 mètres lorsqu'il est carré bien évidemment ! S'il est rectangle, parallélépipède on s'adapte afin de retomber sur nos pieds. Ainsi cent mètres sur cent mètres font dix mille mètres carrés et dans nos campagnes nous parlons plutôt en ares et en hectares. L'are vaut un centième d'hectare soit cent mètres carrés et le mètre carré devient alors centiare.


Déjà vous en savez plus que certain ministre !

Ce terrain parfois pentu, caillouteux, terreux, pour nous en l'occurrence argilo-calcaire-basaltique est préparée en circonstance afin d'accueillir la nouvelle vigne, la nouvelle plantation. Ripage en profondeur ou des dents d'environ quatre-vingts. centimètres pénètrent le sol, tirées par un tracteur conséquent afin de décompacter. D'autres techniques existent mais ici l'idée, en agriculture biologique, est de ne pas retourner les sols afin de ne pas détériorer la vie aérobie, anaérobie. Le champ, en tout cas le notre, est reposé de toute vigne depuis plus de vingt ans et a accueilli durant ce repos, ânes, chevaux et vaches qui ont paissé l'herbe venue.

Car un sol vit comme chacun le sait, en espérant que le ministre le sait aussi, ce qui n'est pas si sûr. Longtemps le sol a été considéré, par les plus savantes institutions, comme un substrat sans vie que l'on pouvait utiliser à sa guise, et le respect était alors relégué au énième niveau. Longtemps ? Il n'y a pas si longtemps d’ailleurs. Chez beaucoup encore plane le doute. Cette idée nouvelle, cette lumière céleste n'a pas encore éclairé toutes les compréhensions et nombre de professionnels retors, laboureurs invétérés, restent destructeurs à grande échelle de biodiversité.

Abandonnons ver, micro-organisme, champignon en tout genre pour revenir à nos moutons. Ainsi le sol décompacté et aéré est aplani, arpenté à l'aide de roseaux, de repères, de fils de fer, de cablettes jaugées, de mètres, de décamètres et de grattages de tête . Mesuré, trigonométré avec l'aide de Pythagore afin que ne parte dans tous les sens la future plantation. La vigne aime l'alignement, le rang et contraint le vigneron à la rigueur presque militaire lors de sa création. Les maths précèdent la poésie pour poser un décor de rigueur avant de pouvoir exprimer la sensibilité de son vigneron. C'est le corps noué des souches vieillis plus libre, insoumises, les racines bien droites dans un sol vivant qui pourra exprimer toute sa nature en poussant vers le ciel ses sarments vigoureux.


Le sol arpenté, mesuré, repéré jusqu'au dernier centiare est troué au plantoir, à distance régulière afin que le planteur y dépose le plan de vigne soudé-greffé commandé préalablement au pépiniériste. Je passe les détails techniques pour ne pas alourdir, pour garder du mystère, ne pas ennuyer et ne pas trop rencarder le ministre afin de garder un peu d'indépendance. In fine un arrosage sous pression est nécessaire pour praliner les racines du plan et démarrer sous les meilleurs augures . Nous en avons posé deux mille huit cents sur soixante ares.


Les plans sont posés dans le sol, les uns derrière les autres, rangées après rangées et lorsque le soleil monte au zénith les gosiers asséchés, les appétits ouverts espèrent la sacro-sainte pose du midi où le ploc du bouchon récompense les amis. Les rires joyeux fusent et l'on parle cépage. Le cépage est l' âme du plan de vigne en quelque sorte. Ici il y en a deux : sincaut et aramon. Traditionnels, enracinés, adaptés, pour aller chercher profond la quintessence de la terre, des cailloux, des éléments et créer l'alchimie complexe d'un futur vin imaginé par les vignerons.


On retrouve beaucoup le sincaut en culture méditerranéenne. Cépage trop souvent vinifié en rosé qui donne des rouges légers… Sans être dénués d'intérêt l'aramon quasi abandonné donne de grosses baies caractéristiques et dès lors qu'il est bien mené et maîtrisé des vins fruités, peu concentrés. Il surprendra plus d'un sommelier, si tant est que ces derniers aient la vertu de bien vouloir sortir des sentiers balisés.

L'aramon à l'instar du Terret blanc ou gris fut longtemps cultivé en Languedoc mais dans le seul but de faire des rendements hors pair bien peu garants du moindre niveau de qualité. Ces cépages sur des coteaux peu productifs, évidemment cultivés en bio, donneront à coup sûr des vins de soifs, des vins d'amis, des vins qui permettent aussi de refaire le monde aux repas de midi avant le recul nécessaire de la sieste. Des vins d’instants, d’épicuriens. Des jus évoquant une robe légère, une brise soudaine. Car il y a tout cela dans le vin que l'on croit parfois petit. Les Terrets par exemple déclinés chez nous en blanc en ont surpris plus d'un par leur caractère, leur complexité, leur buvabilité et un caviste Belge - qui n'a pas la papille orientée par ses annonceurs a cru bon d'en parler comme d' un grand vin.

Les aramons et les sincauts garde légère de notre armée se boiront dans les deux ans au bord d'une rivière, sur une nappe à carreaux, la bicyclette jetée dans les buissons. C'est joyeux comme un printemps précoce, comme un espoir de congés payés.

Voilà tout ce dont à quoi l'on pense le dos courbé, le plantoir à la main car il faudra au moins trois ans avant les premières gouleyances. Trois à quatre ans de patience, de taf sur la parcelle plantée en gobelets traditionnels pour faire comme avant. Avant l'invasion des sauterelles mécaniques vendangeuses où la main apportait son parfum, avant l'omniprésence de la chimie débordante assurant la récolte en dénaturant toute perspective de naturel.

Du haut de nos coteaux surplombants la plaine on plante des raisins. Une ode à l'horizon comme on porterait un enfant à bout de bras.

Partager cet article

Repost0
25 décembre 2020 5 25 /12 /décembre /2020 17:49
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.
De la Corse à Cadablès : il y a une mer.



                                             Il y a tout juste un an je me lançais dans l'écriture de nos pérégrinations viticoles pour raconter notre changement de vie assez radical de la Corse à Cadablès. Un premier texte: " les potiers de Portigiolo" devait être suivit de celui-ci, puis d'autres encore devaient voir le jour sous ma plume enjouée.


                                           Seulement 2020 coupa court, pour les raisons que vous imaginez, en m'absorbant par ailleurs. Cette trêve des confiseurs me laissant un peu de répit , je reprends l'aventure où je l'avais laissée il y a quelques mois.

                       - Premier mouvement : '' O corse, ile d'amour,  les potiers de Portigliolo ''. http://domaine-de-cadables.over-blog.fr/2020/01/o-corse-ile-d-amour-les-potiers-de-portigliolo.html

                      - Second acte : De la corse à Cadablès, il y a une mer.

__________________________________________



Décembre 2003. J'étais assis ce soir là au bord de la terrasse. La nuit venait de tomber . De là s'étalait devant mes yeux le paysage que nous allions quitter. J'étais assis devant l'inconnu, peut être au bord d'un gouffre que nous avions décidé de sauter. Au premier plan le jardin, puis le maquis jusqu'à la plage, la mer. Plus haut, la tour génoise éclairé par la lune donnait du mystère à l'avenir.

Ici rive sud du golfe d'Ajaccio , les débuts, voilà dix ans, avaient été épiques. Le succès venu, un ronronnement dans un certain vrombissement créatif avait finit par l'emporter et la vie passait paisible.
 
Mais voilà, l'esprit d'aventure que nous avions mis en demi-sommeil , retoqué à  l'entrée de nos consciences en cours de ramollissement. De rêveries en projets plus construits nous décidâmes de repartir à la conquête du continent vers un avenir qui nous semblait alors plus opportun et plus ouvert. Et puis un tas de motivations plus ou moins loufoques, plus ou moins légitimes nous taraudaient. L'envie d'aller voir ailleurs  , l'envie de relancer de grands projets La peur de tomber dans un ennui bourgeois qui ne nous nourrirait plus. La peur de ne plus exister à nos propres yeux.

L'année avait été remplie d'illusions et de désillusions authentiques, pleine de rebondissements et l’ascenseur émotionnel en montagne russe animait notre maison à la prou de notre ambition. La vie vrombissait de toute part et nous préparait à l'autre rive sans que nous le sachions vraiment et les croches pattes étaient, dés lors , des échecs rutilants que nous affrontions pour mieux nous relever et repartir à la poursuite de notre dessein.

Décembre 2002: Le château dont nous nous portions acquéreur auprès du Conseil Départemental tomba aux oubliettes le jour où je le visitai car trop éloigné à mon goût de la civilisation et la forêt l'entourant de déclencher en moi une irréversible aversion. Nous avions avant la visite convaincu les politiques, les techniciens à travers un dossier rondement ficelé. Mais le jour J l'émotion tant attendue se fit attendre et nous décidâmes de concert d'abandonner la juteuse affaire.

Juste une affaire d'émotion, de cœur nous fit reculer après avoir rencontré le député tout dépité de ne pas nous voir foncer pour clôturer son dossier. Nous avancions à deux, depuis toujours et le cœur arraché, ma moitié accepta ma décision de ne pas vouloir aller nous perdre sur cette montagne rédhibitoire. Lorsque la raison s’affole l'irrationnel prend le relais et en toute humilité nous avons fini par penser que nous trouverions beaucoup mieux ailleurs car simplement, nous le valions bien. Je rappelle au lecteur assidu que nous n'avions pas encore 40 ans !

Et de retourner ce soir là, à vrai dire, un peu secoué partager un dernier repas avec mes chers beaux parents avant de reprendre le lendemain l'avion pour Ajaccio. La conversation, comme d'habitude à cette belle table, allait bon train et les projets jaillissaient déjà en cascade créative, en bonheurs échangés. Au détour d'une phrase mon beau-père me suggéra d'aller voir le domaine de Canteperdrix, des Suisses  y avaient réalisé ce que nous recherchions. Mais il fallait attendre le prochain voyage planifié dans trois mois.

Et ce nom me colla à la peau : Canteperdrix ! Il revenait sans cesse à mon esprit comme une obsession, un leitmotiv récurent durant les trois mois qui nous séparaient de la visite. Je ne sais pourquoi ce revolving mémoriel alors que je travaillais,  que je vaquais à ma vie quotidienne remontait à mon esprit.
 
Ainsi par un joyeux matin d'hiver, les enfants débarqués chez leurs grand-parents, me voilà parti à la rencontre amicale de l’obsessionnelle Canteperdrix.  Je n'ai pu, ce jour , aller jusque-là, arrêté net quelques centaines de mètres avant. La vie venait de me faire le coup de la panne et au tournant du petit chemin gravillonné, je vis Cadablès ! Un choc esthétique, presque irréel. Une goutte de sueur apparut malgré le temps, tant l'émotion était palpable et je fit demi tour illico afin d'aller chercher ma muse car je venais de découvrir la propriété de nos fantasmes, le mas de nos rêves les plus fous et j'étais pourtant bien éveillé. A deux nous la contournâmes, nous l’analysâmes, nous la scrutâmes, nous l’envisageâmes même sans penser un instant au seul bémol : elle n'était pas à vendre !

Lorsque revenus au réalisme de notre entourage le bémol apparut, nous le chassions d'un revers de manche en déclarant : " Ce n'est pas grave, bientôt elle le sera et nous l’achèterons, on va se renseigner''.

Et nous nous renseignâmes en mettant tout le clan en action. Chez nous on fonctionne par clan branché sur un indéfectible wifi émotionnel et affectif. Nous ne sommes jamais seuls tant les fils d'argent de nos consciences et inconsciences nous relient à travers mer, plaines, bois et montagnes. Et un beau jour, comme il en existe tant, l'information rebondit des méandres familiaux jusqu'à la maison de bord de  mer  par l’entremise du téléphone .

- "votre propriété vient d’être vendue à un homme d'affaire, châtelain de surcroît, étranger au village et même à la région".
 
Un homme venu du Nord. Le syndrome Simon de Montfort nous traumatise encore dans le Bitterois. C'est dire. C'en était trop !
 
Nos sangs méditerranéens ne firent qu'un tour. Notre ire légitime se déversa sur la Safer Languedoc Roussillon chargée depuis quelques mois  de nous trouver une propriété viticole pour une installation  "jeunes agriculteurs". La Safer avait, pour nous, dérogé à sa tache et nous lui fîmes savoir,  avec un langage fleuri, déversant notre émotion non retenue sur le bureau du directeur qui se défendit comme il le put en nous faisant patienter quelques jours pour vérification.
 
Les deux, trois jours furent un enfer avant d'apprendre, par un langage "Quai d'Orsay", que ce dossier n’était pas encore arrivé en Safer et que par conséquent la vente n'était pas abouti et que seul le premier acte était signé.
 
C'est alors, car rien en ces temps d'ambition ne nous arrêtait, que nous concluames tout bonnement, qu'il fallait démarrer une procédure de préemption afin de chasser hors les murs l'envahisseur outrecuidant.
 
Ceci fut dit en terme plus prudent à Monsieur le Directeur qui nous noya dans des terminologies complexes et nous compriment instinctivement que nous devions passer en haute sensibilité politique en abandonnant nos postures cavalières et fonceuses.
 
  Nous dûmes nous adapter à un monde que nous ne connaissions pas mais nous avions à cette époque en réserve , des ressources incroyables, une belle part de chance mais aussi et sans le savoir des relations et des influences haut placées, très hauts placées.  Lorsque l'ambition est belle et légitime l'énergie converge et les choses se font, se décident par hasards interposés comme si celui-ci n'en était pas vraiment un. Une impression que tout l'univers pousse dans le sens de l’énergie que l'on émet.
 
Et le parcours du combattant débuta car tout se mérite après tout. Et les obstacles apparurent les uns après les autres. Et nous les combattions avec fougue , avec les l'aide des uns, l'appui des autres et se déroulait devant nous un tapis suivi inéluctablement d'un Himalaya que nous devions re- escalader sans nous désespérer.
 
Et ce soir de décembre 2003 j'étais assis sur le bord de la terrasse à contempler ce que nous laissions alors que le dossier de préemption était loin d’être clos.
 
Seulement la maison  de  la cote était vendue, les cartons préparés laissant au logis le strict minimum du quotidien de ces dernières fêtes Corses. Le téléphone sonna alors que  la rentrée de janvier prévue sur le continent pour les marmots déjà pré-ados  et le conteneur réservé pour les premiers jours de 2004 étaient bouclés. En décrochant une voix féminine suave et sans âme, un peu gênée, m’annonce tout de go que la compagnie maritime de conteneur, suite à un accord avec le syndicat des travailleurs corses, ne ferait plus de prestations à partir du premier janvier. Plus de conteneur. Les cartons, les meubles et le matos de l'atelier de céramique rangés militairement dans l’attente du transporteur nous poussait à trouver une solution de rechange, en un temps record durant les fêtes de fin d'année en Corse du Sud.

In fine c'est en camion de location surchargé que nous effectuâmes les rotations durant deux week-ends après avoir embarqué notre marmaille dans le vol hebdomadaire pour Montpellier via leurs grand-parents. Les amis étaient là donnant leurs bras au chargement, leur énergie à l'amitié.

De potiers en Corse à vignerons en Languedoc il avait une mer à franchir. Nous venions de le faire mais Cadablès n’était pas encore à notre disposition tant les embûches juridiques, les ralentissements administratifs, les velléités locales enfonçaient dans nos roues les bâtons du désaccord.

La tension fut telle que nous ne pouvions visiter les lieux alors que nous avions versé une somme substantielle afin de s'assurer la continuité du dossier auprès de ces messieurs qui espéraient nous voir reculer afin d'éluder un dossier trop encombrant. Signer un contrat d'achat sans visiter nous paraissait une formalité tant nos cœurs battaient à l'unisson du lieu que nous admirions discrètement, sans nous montrer, à travers bois ou de la route.

Et nous foncions abandonnant assez souvent le langage policé de la compromission pour hurler celui de notre vérité. Il ne pouvait pas en être autrement et aucune alternative n'était plausible à nos yeux écarquillés. C'est en octobre de la même année que le contrat définitif fut scellé alors que nous avions dés avril, envahi les lieux pour y camper, cultiver la vigne et même commencer des travaux tout à fait illégalement au prétexte que la nature ne pouvait attendre.

 

Quatre tentes plantées dans la garrigue, deux vignerons en herbe, trois collégiens, une enfant bredouillant ses premiers pas et tout le clan nous soutenant pour entamer une aventure afin de porter nos enchantements au pinacle de la réussite.

C'est une histoire d’acharnement dans le fond, d'envie plus que de raison, d'insouciance idéaliste avec la fantaisie de vouloir imprimer dans le réel ce que nous avions dans l'esprit. Le campement dura quatre mois. les orages du soir, les oiseaux du matin que nous entendions à travers la fine toile, les repas sur la veille table de ping-pong, la cuisine précaire installé dans une grange éculée, la palette de livraison et le tuyau à la pression instable pour une douche de fortune n'ont pas entamé notre détermination vers la concrétisation du projet.

Les débuts sont toujours porteur d’énergie et la chance du débutant sourit aux ambitieux. Mais c'est ensuite, avec les années que l'on apprend la détermination du marin, que l'on comprend ce qui forge, que l'on sent le cap à tenir malgré les tempêtes. Et il y en eut durant 10 ans !
 
Cadablès 30 ha de terres, vignes, landes, bois, oliviers, champs, 1 200 mètres carrés de bâtiments, une vue époustouflante. Hormis la vue tout était à restructurer, à revisiter, à retaper, à reconstruire... Une folie, il faudrait plusieurs vies.
 
Nous allions devoir nous retrousser les manches plus que sérieusement car le défi était impossible mais nous ne le savions pas,  trop occupés à avancer.
 
Installés in situ en forçant le destin dés avril, nos premières vendanges de néophytes en septembre 2004 concluaient une étape essentielle vers le vin.

Vint ensuite l'apprentissage de la terre. L'apprentissage du milieu, de l'humain, de l'environnement et de ces milliers de petites choses qui ne se disent pas, qui se sentent seulement.

Mais ici les pierres respirent et Bacchus veille. Heureusement !

 

Partager cet article

Repost0
12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 07:59
Novembre cloîtré.

 

 

Et voilà que la récurrence épidémique nous renvoie aux peurs du printemps et ce mois de novembre à peine entamé nous recondamne à un repli sur nous-mêmes dans une relative claustration.

 

La force de l'habitude nous désinquiète un peu comme si nous devenions chacun de vieux briscards ayant déjà survécus à la première attaque.

 

 

La surchauffe médiatique exponentielle, les annonces officielles discordantes, les spécialistes et les pseudo-experts nous en font perdre notre latin. Et, par conséquent l'on entend à hue et à dia des avis dissonants et un lambda ne sachant plus à quel saint se vouer.

 

Et si tout cela permettait de garder nos bons vieux en les désexposant au danger et nos soignants en leur allégeant la rude tache du quotidien. Et si tout cela nous permettait de reconditionner nos existences en portant nos regards sur l'essentiel, l'a coté, la proximité, la vie si précieuse et ténue.

 

Déjà le printemps vit refleurir un semblant d'espoir que l'automne repoussa. Comme pour nous rappeler aux changements que dans la joie ou dans la peine nous serions obliger d'accepter.

 

Toute époque a ses défis et nous propose de relever nos manches pour que l’énergie de la création assèche la négativité ambiante de tous ceux qui pensent que s'était mieux avant.

 

Quel intérêt à vivre si l'on ne doit pas se sublimer ?

 

Entreprendre, voir, sentir, envisager, sortir de nos zones de confort afin de créer un monde pour lequel nous aurions notre mot à dire, dans lequel l'empathie, qu'elle soit envers autrui, la nature, les idées, les actions, les animaux et la terre reprendrait un sens cardinal.

 

Nos glorieux aïeux ont eux aussi traversés des crises, des guerres, des disettes, des remises en questions plus perturbantes que nos générations parfois trop opulentes pour penser demain à bon escient.

 

Et j'entends se plaindre ici ou là en jérémiades organisées les tristounets de tout poil qui vouent notre avenir à des cataclysmiques malfaisances, à des complots fumeux qui échapperaient à la volonté de chacun. J'entends hurler des réfractaires obsédés dont le manque d'ambition et d'humanisme parfois se mute en paranoïa haineuse et en cris déjantés.

 

Que nenni ! Ne nous laissons pas envahir par de sombres pensées et laissons la lumière allumée dans nos esprits vagabonds, dans nos cœurs d’artichauts en donnant une feuille à chaque espoir qui point. Le goût de l'autre est de bon goût.

 

Réinventons une façon de fonctionner, d'aimer, de vivre, d'émaner, donnons du sens à nos instants pour que repoussent de petites fleurs au bord des talus, qu'à nouveau sourdent les sources entre les rochers.

 

 

 

L'aventure commence à l'aurore de chaque matin et demain doit rester lumineux, éclairé par les pensées altruistes de nos esprits revigorés par l'entreprise de l'avenir.

 

Il n'a jamais été aussi urgent d'imaginer. En période de trouble, il faut aller surnager au dessus des miasmes et des pièges tendus. Les autres n'ont que le pouvoir que l'on veut bien leur donner et leur échapper est d'abord échapper à ses manques de courage, à ses manques d'utopie.

 

Ah quelle belle époque ! Elle nous empêche de reporter le prochain rêve sous peine de rater le prochain train. Il est bien temps d'allumer son existence et l'opportunité est trop tentante d'aller vivre au plus prés de sa subjectivité histoire de suivre le flux de sa vie. Le suivre sans artifices, ni tambours, ni trompettes. Le suivre tout simplement, tout naturellement en profitant de brûler tous ses carcans de paille réducteurs de visions panoramiques.

 

Une vision d'ouverture en soi et non de repli est un espoir à faire reluire en le polissant au jour le jour pour que brille la particularité de chacun dans la bienveillance de tous. Le monde change changeons avec, dussions nous décompenser pour mieux compenser, déconsommer pour se libérer, détricoter pour se retrouver, décompresser pour moins se hâter.

 

La vie a les épaules larges et l'imagination féconde pour nous surprendre à chaque virage.

 

Comme elle ne s'en prive pas, autant se lover !

 

Partager cet article

Repost0
28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 14:58
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !
Vendange 2020 : A fond de train !

2020 : A fond de train !

 


Lorsque l' on imagine les détails, les possibilités, les potentiels de pannes, de problèmes, d'anicroches qui peuvent advenir durant les vendanges, le vigneron est poussé par un stress tout légitime à organiser l'aboutissement de l'année de sueur durant tout le mois d'août.

 

Et se bousculent dans sa tête les couacs des années précédentes afin d'y pallier. De trouver des subterfuges, des solutions à toutes les éventualités éventuelles qui ne vont pas manquer d'arriver et qui pourraient faire sombrer les vendanges dans un abîme et entraîner l' inéluctable. Les pensées orageuses se pressent en foule à l’orée de septembre. Pensées d'avant combat, pensées de vestiaires pour parer, tuer le temps, chasser les incertitudes toujours plus nombreuses à patienter le premier coup de sécateur.

A organiser au millimètre on en perd toute notion et laisser une part au hasard, une part à Bacchus rendra plus vivante l'action, plus inattendus les aléas, plus
goûtu le réel et donnera à septembre majeur son panache absolu. La part d'incertitude rend encore l'aventure attrayante car l'on ne sait jamais à quoi, à qui il va falloir s'adapter.

L'aventure d'une année à la vigne , d'une année en bio se ramasse à la main, parfois dans un désordre articulé. Souvent sous un soleil encore vaillant, avec une joyeuse équipe pourvu d'un sens de l'amitié et de la vie hors pair. La période est habituellement ponctuée de surprises mécaniques qui viennent enrouer la clarté des esprits les plus prévoyants.


La loi de l’emmerdement maximal fait souvent foi au vignoble comme pour tester la détermination du faiseur de vin, l'engagement du viticulteur à pérenniser un mode laissé ailleurs aux sauterelles infernales, vibrantes machines à massacrer la plante.

Ici c'est à la main ! Un peu comme avant, une peu comme toujours et les matins joyeux aux langues déliées laisse la place aux dos fourbus lorsque le soleil monte au zénith.

 

Ici c'est à l'humain que le vin se compose en s'harmonisant dès sa naissance à la vertu de la main pensante.

Ici c'est les traits tirés, en fins de journée, un sourire vissé sur nos faces mal rasés, les filles harmonieusement déguenillés, que nous accueillons le raisin en cherchant l'angle sous lequel nous allons devoir le vinifier.

Ici, c'est hors du temps le temps d'une vendange et les rires joyeux, les algarades font oublier les soucis de la veille et les problèmes du lendemain.


Et 2020 survint ! Avec quinze jours d'avance que nous n'avions pas prévu.

A fond de train nous dûmes préparer la cave, la briquer, l'organiser pour recevoir jus et baies déjà murs alors qu' août n'avait encore pas tiré sa révérence. Tout dodelinant des chaleurs estivales nous sortîmes précipitamment de la torpeur pour tout organiser en un temps record.

Et la matière vivante déboula en cave dans l'euphorie ''Cadablèssienne'' habituelle à l'aune de nos états d'esprits ragaillardis par un état phytosanitaire parfait et des quantités largement suffisantes. L'équation parfaite pour agencer l'alchimie de l'année 20.

Et la magie réapparut sortant de son chapeau un millésime qui arriva sur la table de tri à un rythme régulier, qui s’enchaîna parfaitement durant une dizaine de jours. Les maturités exemplaires et les baies gonflées d'un espoir liquide réjouissant entraînèrent nos esprits dans des limbes euphorisantes.

Et de m'entendre répéter à longueur de vinification : c'est magnifique !

Nous redescendions parfois de notre olympe, éreintés de fatigue, les doutes vite chassés par la récurrence des journées terminés trop facilement. Autour d'une tablée vivante, bien pourvue de saines quilles, de simples et beaux mets, les journées s'achevèrent un verre levé haut à la gloire des vendanges et des belligérants avant d'aller rêver et recharger pour le jour qui suivait.


Les journées sans problèmes d'une vendange harmonieuse se déclinent évidemment de quatre ou cinq heures le matin à dix neuf ou vingts heure le soir. L'harmonie fait digérer bien des choses et la fluidité de l'année nous fit faire des sauts de cabris tout le long.

 

De gare en gare le train joyeux avala les courbes, les vallons, les sublimes points de vues mais fi des tunnels enfumés, des virages trop serrés, des déraillages intempestifs pour venir déranger la quiétude relative du présent.

La vapeur décroissante in fine, les mouchoirs aux fenêtres et la dernière étape pour cueillir un blanc tardif dans nos contrées méridionales. Cépage rare au demeurant que nous n'avons pas voulu laissé choir aux oubliettes de la modernité. Le Terret Bourret que nous associons dans la bouteille à du Carignan blanc donne un vin vif, long en bouche, floral mais pas exubérant. Un vin sec, fin, élégant cueillit au terminus de nos vendanges. Ramassé à la caisse et porté en ringuinguette les uns à côté des autres nous filons vers la cave fermer définitivement le ban.

La soulenque repas traditionnel de clôture, ponctué d'anecdotes, d'amitiés qui se forment à peine que déjà nous devenons tous nostalgique d'une vendange exceptionnelle d'équilibre.

Le roi est mort, vive le roi ! L'an prochain sera une autre année mais les souvenirs de celle là resteront gravés comme un bonheur, marqué d'une pierre dans la mémoire des lieux.

Et le train-train de l'automne pour reposer nos veilles carcasses et délasser nos muscles va s'étirer jusqu'à la taille. Et la nouvelle année viticole renaîtra dans la solitude du paysage et le déclin de l'année civile.

Je m'entends encore penser à voix haute : c'est magnifique !

 

Sur le quai de la cave je regarde le soleil apparaître par delà les collines et j'ai le sentiment que la vie se passe ici et maintenant.

 

C'est magnifique et parfois plus que ça.

Partager cet article

Repost0
5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 06:45
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !
L'époque !


L époque !


L'époque devrait être à l'humilité, elle ne l' est pas. L'époque devrait être à l' empathie, ce n'est pas mieux et ainsi parler de partage s'apparente plus à de l' utopie qu'à du réel.

Et nous jouissons nous pavanons nous promenons nos bedaines ridicules au front de mer de notre égocentrisme dans l'espoir que reluise notre image dans le regard un peu flou de nos contemporains.


L'époque nous offre le meilleur dans une débauche matérialiste sans précédent. Et voilà qu'en guise de remerciements, de dévotion, nous détruisons, nous spolions, nous trichons, nous manipulons un environnement sans lequel, comme un fœtus de paille, nous exploserions en milliards de particules pour nourrir un sol que l'on a que trop piétiné. Nous finirons humus car
l' on ne se dérobe qu'un temps.

L' époque devrait être à la joie mais la morosité d'un avenir plus terne annihile nos espoirs et dans un branle bas inflationniste nous nous préoccupons plus de l' immédiateté de l'avoir que de l'avenir de l'être. Happés par un productivisme enjôleur, démagogique et démoniaque nous filons droit devant dans un épais brouillard, rassurés par des pilotes automatiques laissés là par des happeurs depuis longtemps bien à l'abri des soubresauts.

Marionnettes automatiques nous pourrions couper court ces fils tragiques qui nous relient à nos gourous et réinventer un monde ludique, spacieux à la mesure de nos désirs.

Nous pourrions ré orienter par nos pensées, nos actions, nos consommations si tant est que nous nous libérions des rets artificiels tissés autour de nos consciences qui nous font réitérer jours après jours, épisodes après épisodes, égoïsmes après égoïsmes. Nous ignorons que nous avons le pouvoir, nous refusons notre propre beauté.

Et si le goût de l'autre devenait salvateur ? Le plaisir d’être, de partager un instant, un esprit, une conscience en s'éloignant de la prédation symptomatique de nos excès ? Et si par le regard du cœur nous reconsidérions nos vues brouillées par le profit, la rancœur et laissions renaître le rire magnifique de nos enfances oubliées ? Nous avons tous une forte propension au bonheur, à la simplicité, à une infinité de choses indescriptibles qui nous relient à la vie, au présent, à l'univers.


Et s'il suffisait qu'une parcelle de nous même se rebelle pacifiquement, s'offusque, se prenne en main et chausse les bottes de sept lieux afin que renaissent instamment une époque épique où la nature de chacun prévaudrait sur nos enlaidissements systématiques.

Rêvons, créons, osons !

Nous avons ce pouvoir et avons laissé choir cette prépondérance. C'est peut être parce qu'on l'a oubliée que des bergers pervers ont pris les directives en nous privant de nos prérogatives naturelles.

Laissons aller l'artiste au fond de nous, enfoui par une conscience sociale inculquée depuis nos premiers pas dans le monde des autres. Nous sommes tous fait pour quelque chose dans le fond mais l'avons oublié au fil du temps, au fil des peurs, au fil de l' ordre.

Dans la bienveillante solitude des vignes, au cœur des paysages naissent des idées saugrenues dans la tête des vignerons, ces idées soufflées par les vents, par le corps noués des souches, par les nuages au couchant couvrant le soleil entre ombre et lumières. Il faut écouter le cri de la beauté en arrêtant l’incessant bourdonnement de l'artifice pour qu’éclose les graines du futur.

Bien vivant, bien ancré au sol la tête au ciel à respirer à plein poumon, à plein pouvoir il naît des ires irrépressibles. Des colères à projeter en mots sur un bout de papier par une sentinelle quotidienne de l'environnement.

Mouvement continuel de la nature pouvant nous balayer d'un coup de pinceau par quelque subterfuge afin d'éradiquer un parasite prétentieux , orgueilleux, pète-sec et désagréable.

Éternel paradoxe d'une humanité pourvue de génie, basculant sans cesse entre yin et yan dans une bipolarité constructive ou destructrice.

 

 

Un espoir au bout du compte, une fenêtre entr’ouverte d'où pourrait s'envoler le renouveau issu de la parcelle de chacun. Et d'oublier tous les clivages, les différences, les haines et les peurs pour qu'un seul but s’épanouisse : garder intact le théâtre de nos élucubrations terrestres.

 

. Crédit photos : Charlotte Dubois, Alain Reynaud, Sy Cote de Thongue.

 

Partager cet article

Repost0
11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 17:35
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois
Credit photos Charlotte Dubois

Credit photos Charlotte Dubois

À la santé de nos échecs.

C'est fou, c'est à peine crédible, c'est étonnant. Lorsque la molette de la souris fait défiler devant mes yeux éberlués le fil du journal de bord du réseau social, les réussites de mes amis virtuels me sautent à la face. Les succès pétaradants boostés au positivisme absolu me pousseraient presque aux rives de la dépression et ma vie devient alors d'un banal teinté de sombre, presque la vie d'un misanthrope reclus dans sa cambrousse. A ceci prés que je suis heureux dans mon repli, du moins c'est l'impression que j'en ai.

Et untel de nous donner une liste exhaustive de ses polluants déplacements à travers le monde, et un autre au volant de rutilantes carrosseries, qui boit du Petrus d'un air cérémonial et supérieur alors qu'il pourrait jouir d'un Cadablès, bien meilleur, et se pavane en vacances de pacotilles dans un club darladiladada. Qui se targue d'une insolente réussite équilibrée par un sens du partage jamais égalé me proposant en cliquant plus bas de révéler le talent qui se cache sous mon épaisse carapace de vigneron un peu bourru. Que nenni, rien à foutre de vos salades pestilentielles !

Mes amis sont formidables ! Seulement ils me culpabilisent fortement, à fréquenter les meilleurs endroits, à avoir fait cent fois le tour du monde, à ne manger que des mets délicats et les photographier afin d'en faire profiter alentour et même plus loin. Une vie formidable à la une de sa propre télévision.

J'en deviens à mes yeux un échec ambulant, un fantôme décharné sans substance, sans densité et mes cheveux qui blanchissent me renvoient inéluctablement à la santé de mes échecs.

Ah, mes échecs ! Parlons-en justement. Généralement ils reluisent entre deux réussites éloignées en prenant la forme de projets avortés, de claques dans la gueule, de désobligeances outrancières, d'orages de grêle, de coup de Jarnac, de manque de nez ou d'oreilles attentives, de manque de pot, d'ambitions non contrôlées.

Et pourtant je ne les porte pas à la une de mes dires, à la gondole de mon égo et pas plus pour afficher ostensiblement les quelques réussites qui en résultent.

Dans le fond j'ai fini par m'y attacher à ces échecs comme on s'enticherait d'un chien de quai, d'un chat un peu galeux.

C'est qu'ils sont attachants mes échecs, mes coups du sort et ils m'ont poussé à aller plus loin, à aller voir au-delà de la porte claquée, à partir respirer un air de liberté, à jeter un œil de travers, à aller à la rencontre de l'iconoclaste, du clown pour apprendre à écouter son ressenti en n’ayant que faire de la pensée édulcorée, canalisée dégoulinante de nos sociétés bien polies qui ont décidé de nous faire évoluer dans de petites boites trop étroites à mon thorax déployé. J'ai toujours eu envie de respirer.

L'échec pousse au large.

Déjà, très jeune, une cascade en bécane avait sérieusement anéanti mes ambitions estudiantines et rugbystiques en me clouant quelque temps sur un lit d’hôpital d'où il fallut se relever pour réinventer un avenir parsemé de quelques réussites. Et puis toutes ces entreprises individuelles conjuguées en famille, parsemées de vagues, de cols, de tempêtes, de fausses fraternités, de vraies rencontres, de folie douce qui aident à espérer, à arrimer ses convictions au réel en un semblant de réussite qui apparaît alors comme une chance.

Il faut du temps, de la sueur, des rires et des peines pour se comprendre un tantinet et c'est à deux que l'édifice prend forme en une joie re-jaillissante. Le mat, paroxysme de l’échec éblouit par la brillance de l'espoir se laisse choir aux oubliettes. Et le chemin s’entrouvrit dès lors que nous le prîmes à l'envers.


Et ainsi va la vie d’échecs en réussites discrètes, menues. Polarité essentielle à l’équilibre de nos délires. L’échec va dans le sens, donne de la santé, de la vitalité à nos entreprises lorsque la vie reprend le dessus. Avoir confiance en ses déboires en arrêtant de regarder le doigt pour mieux fixer l'étoile.

C'est tout un ensemble de choses dérisoires, de petits trucs insignifiants qui préfigurent un absolu. Vus du dessus, tous ces revers deviennent moindres et nous poussent vers nous-mêmes. Une victoire sans l'épice de la défaite est bien trop fade pour l'annoncer à grand renfort de tambours. Une éclatante réussite dans le mépris de l'autre n'est qu'un échec mal interprété.

Et je déroule le bandeau incessant des réussites amicales en m’apercevant que je ne reconnais pas grand monde dans ce dédale numérique qui défile sur mon écran.

Ah zut, je suis sur le profil d'un autre qui n'a pas penser à se déconnecter.

Errare humanum est. Je ne persévère pas, je déconnecte. Ouf !

                                                      ___________________________________

  crédit photo © Charlotte Dubois

Partager cet article

Repost0
1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 17:04
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....
Bonne chère, malbouffe et tout ce qui s'ensuit.....

Je ne regarde pas les prix, je vis comme un riche et m'offre le meilleur. Une opulence communicative m'envahit, nous envahit (je parle au nom de mon clan) assez régulièrement et de bon cœur lorsque nous achetons, nous dépensons. Une frénésie de riche, assez fantasmatique du reste, on claque, on brûle, on dilapide mais uniquement lorsqu'il s'agit de bouffe. Les bagnoles, les bijoux, l’ostentatoire, le clinquant, le m'a tu vu on s'en contre fout absolument. Tout cela est dérisoire comparé à la valeur cardinale de la table.

Du producteur de saucissons, à celui de fromage en passant par la boulange, le blé, les lentilles, la viande, les fruits, les légumes, les patates, les canards, les oies, les œufs, les vins, le cidre, les jus, la bière et même l'eau gazeuse.... Tous nous adorent, nous voient arriver à dix lieues tellement nos esprits obsédés par la table, le bon, le goût, la qualité vont fusionner avec leur production.

On se nourrit sans compter, sans budget. Comme une richesse que l'on s'accorde au quotidien sans crâner, en toute simplicité car on a compris depuis bien longtemps que tout cela est d'une rentabilité absolue, que le placement est juteux, que cela ne coûte finalement pas grand chose au regard du rendement. La bourse, les placements, à côté ? Peanuts, roupies de sansonnet, que dalle, mauvaise affaire, usurpation, manipulation...

Se nourrir correctement n'est pas si facile. Cela nécessite une organisation de tous les instants, une logistique adapté et un sens aigu du circuit court. On se réunit très sérieusement, on calcule, on repère, on juge, on goûte, on quantifie, on analyse, on sélectionne, on se refile les bon coups car il ne s'agit pas d'acheter à n'importe quel prix, à n'importe quelle condition et à n'importe qui. Tous les milieux ont leurs malins, leurs escrocs, leurs manipulateurs qui gâchent le plaisir et discréditent le milieu. Pas d’angélisme puéril mais du discernement, de la constance, de la confiance. La confiance ? Celle qui ne se trahit qu'une fois, le trésor que beaucoup abandonne d'un air avide au bord du chemin. La confiance qui n'exclut d'ailleurs pas la vérification.


D'autant et j'ose l'affirmer qu'une alimentation locale, bio, respectueuse est bien moins chère qu'une alimentation industrielle et ''supermarkette''. Nous sommes tous dupés par un marketing manipulateur et par le concept du prix psychologique. Il faut engager une réflexion afin que tous aient accès au vrai, au bio, au local si tant est que celui-ci puisse nous fournir. A toutes fins utiles la production évoluera en fonction de la demande et la place ne manque pas dans les plaines pour cultiver légumes, fruits et céréales. Seulement on y préfère pour l'heure des plantations plus rentables et très conventionnelles ou, comme on l'entends désormais : "raisonnée" qui est l'euphémisme de chimique.

 

Une alimentation produite par des gens passionnés, qui ont trouvé leur vocation, leur passion. C'est le retour du paysan producteur de bonheur qu'il faut plébisciter, le retour de la main aimante, caleuse et transmetteuse.

Le goût : rien à voir. La qualité nutritive intrinsèque ne souffre pas non plus de la comparaison. Pas de rajouts d'eau émulsifiante, de matières grasses indigestes et dangereuses, point trop de sel, pas de subterfuge afin de ne pas prendre des vessies pour des lanternes, le sucre sans abus et les reliquats de pesticides renvoyés aux calandres.

La joie au cœur, le système immunitaire renforcé comme une armure des temps modernes, l'énergie débordante, le moral au beau fixe et la fierté de contribuer au développement local sont comme autant d'arguments lancés à la gueule des réfractaires partisans de la radinerie alimentaire. Bonheur du quotidien, du partage, de la convivialité, de l'amitié, de l'unité. C'est une civilisation à reconquérir.

Ce monde d'Épinal passe aussi parfois par le grand magasin nécessaire mais trop développé dans nos sociétés si pressées. Recréons par nos actions économiques, l'équilibre entre tous, de façon que chacun pusse exister sans abuser et que le torrent retrouve sa quiétude perdu. Micro-économie sur laquelle nous pouvons agir et recréer du lien pour s'enrichir d'une énergie toute neuve, sortie de l’œuf, toute naïve et prometteuse de futurs. Tous les possibles sont possibles !

Le coin, la contrée, le pays, la rue, le quartier en réponse à une mondialisation effrénée, foldingue et décomplexée pour illuminer le quotidien et les politiques qui vont souvent dans le sens du vent, reprendront ce souffle nouveau à leur compte et la vie évoluera dans la lancée.

La claustration et l'arrêt actuels me pèsent certainement un peu sur les neurones, perturbent mon mental, alors je m'interroge, j'élucubre sur cet espace faute de plus.

 

 

Puis, le lendemain du jour d'après je me réveillerai, peut être un peu déçu par la reprise, peut être dépité par beaucoup de mes congénères, mais nous, nous ne céderons pas aux sirènes de la surconsommation édulcorée produite à tous les diables. Nous ne lâcheront pas le principe essentiel de notre vérité, nous continuerons nos dépenses locales, notre tourisme de proximité, nous entretiendrons nos alentours, nous sourirons à nos voisins, trinquerons au bar du coin, commercerons en centre ville : même si...

Même si ? Et pourquoi pas un changement, même un embryon d'évolution pour ne pas devoir ré-applaudir à nos fenêtres, pour offrir un futur enviable à nos bambins. C'est un peu la moindre des politesses. Non ?

Ces quelques phrases dérisoires, un peu creuses parfois, pour ne pas dire naïves, posés sur un coin de mon blog pour tenter de dissiper les doutes, les peurs et reprendre espoir dans ce monde paradoxal mis en mal par sa folie consumériste, mis à genoux par le grain de sable de l'interdépendance qui ne profite qu'a certains bien à l'abri des regards.


 

 

Partager cet article

Repost0
1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 17:12
O corse ile d'amour : Les potiers de Portigliolo.
O corse ile d'amour : Les potiers de Portigliolo.
O corse ile d'amour : Les potiers de Portigliolo.
O corse ile d'amour : Les potiers de Portigliolo.
O corse ile d'amour : Les potiers de Portigliolo.
O corse ile d'amour : Les potiers de Portigliolo.
O corse ile d'amour : Les potiers de Portigliolo.
O corse ile d'amour : Les potiers de Portigliolo.
O corse ile d'amour : Les potiers de Portigliolo.
O corse ile d'amour : Les potiers de Portigliolo.

 

 

 

Lorsque les soirées se prolongent à Cadablès ( en ce moment près de la cheminée ) qu'irrigués du fruit de notre travail nos cœurs s'assoupissent, entre amis nous relatons parfois le temps où nous étions potiers en Corse du Sud. L’époque qui précéda le vin et les questions fusent : pourquoi en sommes nous revenus ?

 

Alors nous racontons, nous déblatérons, nous passons par le menu les raisons et les circonstances de notre radical changement en racontant la vie d'avant, celle de Corse. Et tout naturellement, voyant les yeux écarquillés de nos copains sous le charme de nos accents toniques, je me suis senti tenu de le raconter sur le blog. C'est une aventure de gens ordinaires dans le fond.

 

En voici le premier mouvement. O corse Île d'amour : les potiers de Portigliolo.

 

_____________________________

 

 

A cette époque nous passions des jours heureux sur la rive sud du golfe d'Ajaccio avec nos quatre mioches.

Aimantés quelques années plus tôt par le charme enjôleur de la belle, par ses hivers recroquevillés, par ses étés lumineux, par son esprit insoumis, par son calme protecteur. Tout un tas de chose que l'on ne maîtrise pas forcément et que l'on ne cherche d'ailleurs pas à contrôler. Nos esprits d'artistes avaient à l'époque soif d'idéaux, de renouveau et nous avons quitté dans une juvénile inconscience (qui ne nous a jamais fait défaut) l'arrière pays Biterrois pour nous exiler sur les côtes corses afin d'y pratiquer l'honorable profession de potier céramiste. Et ainsi, à force d'audace, à force d'espoir, à force de travail nous sommes devenus les indétrônables et incontournables '' potiers de Portigliolo'' (20138 Coti Chiavari). Avec nos trois petits, et l'achat d'une maison soufflée dix ans auparavant lors d'une nuit aux reflets bleutés. Cette maison froissée nous l' avons réhabilitée pour lui donner une seconde jeunesse et y créer de la vie. Fallait oser !

A ce propos on ne sais jamais comment naît un projet, au tout début, à la genèse, même presque avant qu'il n'éclose. On ne se pose que longtemps après la question. Mais pourquoi, mais comment ai je pu avoir cette idée, quelle force m'a poussé à franchir, à re franchir, à m’affranchir. Sans aller pour autant chercher dans les tréfonds de la petite enfance, on se souvient rarement quel fut l'élément déclencheur.

Comme dix ans après nous avions la vague impression d'avoir fait le tour de l'île, d'avoir aimé plus que de raison ce petit monde iconoclaste et insoumis, naquit l'idée doucement, insidieusement de re franchir la mer pour aller faire du vin dans nos contrées d'origine après une belle et initiatique expérience sur l'île fière. Comme une envie, presque une lubie alors que le succès auréolait nos mains maculées d'argile, nous décidâmes en toute conscience, sans y être invités instamment, de retourner de notre propre chef entreprendre une nouvelle vie à la campagne sur le continent. Des amis ont bien tenté de nous garder la bas, en insistant avec ce charme qui ne donne pas l'air, tout en chantant les paroles, mais nous avons tenu bon, nous n'avons pas replongé à l'écoute des ritournelles ajacciennes.


Mais ce projet, cette aventure - car ça allait en être une - est bien né dans nos têtes poussé par un hasard farceur. Je me souviens très bien comment cela naquit, je me souviens très bien du déroulement presque inconscient. La folie qui nous prit, l'emballement qui s’enchaîna dans une joie désordonnée poussés au fond par une insoutenable envie de créer, l'écrin insulaire devenu trop étroit.


Cela a commencé par un rêve, une vision !

 

Faut dire qu'à cette époque nous pratiquions déjà le bonheur d'une manière assez intense en famille à deux pas de la plage. La poterie de protigliolo était déjà connue, reconnue et presque institutionnalisée - étape qui viendra après notre départ - et notre atelier ne désemplissait pas. On y discutait de tout, parfois de l'essentiel et toute la bonne société du secteur ne pouvait manquer, entre deux lacets, l'atelier des potiers devenu au fil du temps un incontournable de la rive sud du golfe d'Ajaccio dans les années 90.


Les matins d’été offraient aux lève-tôt, des aurores incroyables, la relative fraîcheur de la nuit s'estompant en quelques vapeurs irisant à peine la méditerranée. Des oiseaux, un bateau croisant entre la côte et les sanguinaires. Sur ma terrasse un café fumant à coté, le regard aspiré par le lointain, un carnet à la main, je tente de dessiner la pièce en céramique dont j'ai eu la vision au réveil. Depuis quelque temps le succès aidant nous avons envie de passer à autre chose, de faire évoluer notre céramique créative, toujours en ébullition d'une nouvelle idée. Et puis ce matin mon rituel - levé au aurore, café, paysage, respiration, émotion, natation, re café, potager, douche et travail - est tout chamboulé, tout remis en question par cette vision de fin de nuit en céramique. Même la tour génoise à deux pas sur l'horizon n'arrive pas à me faire décrocher de mon calepin aspiré par l' interprétation physique de mon rêve.

Au levé, il y a moins d'une heure, j'ai vu un objet, comme je vous vois à travers ma travers ma plume, assez nettement. Un objet en céramique, de forme tronconique, percé de trois trous en son sommet et dans lequel rentraient des guêpes pour ne pas ressortir. Un piège à guêpe. Je le dessine, bof !

 

 Le jour avançant me sort des nimbes doucement, je reprends mon rituel et en remontant de la plage j’égare mon croquis sur un coin de table à l'atelier car la raison qui chasse l'irrationnel à repris le dessus. Je fais une honorable journée de travail entre clients, émaillage et lorsque je remonte sur le tour mon regard oscille vers le crobard et mes mains expertes réalisent assez facilement l'objet qui n'a rien de compliqué à mettre en œuvre.

 

C'est un cône en terre percé de trois trois sis sur une coupelle issu d'une vision dans un demi sommeil qui sèche sur l’étagère d'un potier de bord de mer.

 

Et les jours passent et les footballeurs français entraîne le pays vers un délire collectif et le piège sèche et nous le cuisons et nous l’émaillons et nous l'essayons.

 

O miracle sans nom, en y introduisant une peau de poulet et de l'eau, sous l'assiette coiffée du cône, on voit les guêpes se précipiter par les opercules et ne pas ressortir pour se noyer, tout bonnement repus de matière carnée , tout bêtement. C'est à la fois efficace, écologique et déco.

 

Les copains attablés ce jour là à qui j'avais parlé de l'invention - car entre temps s'en était devenu une dans ma caboche - s’étant d'abord moqué de mon talent de Géo trouve tout, restèrent médusés devant une telle démonstration qui d'ailleurs ne se reproduisit plus jamais avec autant d'efficacité . La chance du débutant qui sourit aux ambitieux et aux rêveurs pour les encourager à commencer un combat. Et à la suite du repas, ému par cette expérience concluante, je déclare tout de go :

 

" cette invention est magnifique par conséquent nous allons déposer un brevet ".

Et nous l'avons fait, enfin, nous l'avons fait faire à une société Parisienne. C'est moins risqué !

 

Entre le maquis et la société de Paris il y a un monde, il y a les relations, le passage, le public et de fil en aiguille lors de discussion à bâton rompus dans notre ''atelier moulin'' de céramique nous avons mis la main sur l'ami, d'un ami, d'un ami qui connaissait dans le milieu parisien de la créativité une entreprise susceptible de....

 

 

C'est ainsi appuyés d'un bon coup de chance que nous partirons quelques mois plus tard à la conquête de la capitale notre invention dans un sac à dos pour embarquer du bien nommé aéroport d'Ajaccio Campo d'ell Oro.

 

Des amis bienveillants nous récupérèrent au sortir de l'escalator d'Orly de peur que nous nous égarâmes dans l'aérogare et nous voilà partis à la conquête de Paris sans complet bleue, la fleur au fusil, l'invention dans le dos. La tour Eiffel, le lendemain nous saluait fièrement arborant un 2000 clignotant soulignant le deuil du siècle dernier.

 

De stations en avenues Haussmannienne, d’arrondissements en quartiers nous arrivons un peu tendus à notre rendez vous et en deux tours de charme, en affichant une assurance un peu patraque, un charme provincial indéniable, une énergie à tout rompre, un sens des affaires relatif, un étonnement exagéré, une empathie démagogique hors du commun que nous finissons invités dans le troqué du coin pour raconter nos aventures îliennes, nos rêvent, nos créations, nos ambitions à un patron d'entreprise innovante ayant pignon sur rue à deux pas du palais Brognart.

 

 

L'affaire est bien parti et quelques mois plus tard un brevet d'invention est déposé, une production dans les Carpates lancée et un contrat de royalties signé avec une ambition planétaire pour la commercialisation de l'objet.

 

Tout cela sans verser un centime ! La Corse en nous poussait alors toute son énergie et notre force de conviction n'avait d'égal que notre envie de réussir et aucune barrière alors, n'eut pu être in-franchis dans nos têtes ensoleillés par l’énergie de nos ambitions et le naturel de nos postures.

 

 

 

 

Nous voilà donc ma belle et moi potiers-ceramistes-inventeurs-créateurs ! Quel succès à peine que déjà nous dépensons mentalement  les liasses qu’indubitablement nous allons gagner et faute de château en Espagne c'est en Languedoc que nous portons notre dévolu en lançant le projet, sans encore un sous en poche, de racheter un château du coté de Saint Chinian (34). Un château et un vignoble, évidemment !

 

 

 

Et l'aventure commença, accroché au moindre appel, nous retrouvant dans des revues plus ou moins à la mode, entendant parler de nous à la radio et voyant , tout excités notre piège à guêpe vendu sur tf 1 au téléachat. Auréolé de toute ces promesses, un peu saoulés de toutes ces perspectives nous vendions plus que bien notre piège à guêpe à notre clientèle locale trop heureuse de notre célébrité naissante. La société Parisienne faisait produire nos designs en Roumanie et les commercialisait à droite à gauche à travers un réseau de magasins pour ustensiles de cuisine novateur.

 

Le projet avançait et il fallait en vendre beaucoup afin que nous touchions une somme substantielle pour assouvir nos phantasmes châtelain. La balle n'était plus dans notre camp lorsque l'été suivant fut un été sans guêpes !

 

 

Entre temps poussés par ma chère et tendre qui avait découvert en Languedoc une demeure casi coloniale, en partie en ruine, surnommé pompeusement '' Chateau des albières '' nous nous lançâmes dans l'acquisition de celui-ci sans pour autant, en tout cas pour moi, avoir visité les lieux.

 

Assez surréaliste, sur les photos, cette bâtisse néocolonialiste fut construite quelques cent ans plus tôt par la famille d'un influent homme politique national perché il n'y a pas si longtemps place du Palais Bourbon.... Vendu peu cher par le conseil General de L’Hérault qu'il fallait convaincre de notre bonne foi, de notre capacité à faire avancer un projet. Mais ceci est une autre histoire, un autre bout du puzzle qui nous mena à Cadablès.

 

La pénurie de guêpe ralentit le projet qui avait du mal à décoller véritablement par ailleurs car le mode de commercialisation via des boutiques de cuisine ne correspondait, selon le langage idoine, pas exactement à la cible consommateur et se retourner vers les magasins de jardinage pourrait éventuellement être une solution afin de mieux atteindre la cible visée. Mais cela prends du temps !

 

Et la vie continua au bord de la cote à projeter d'abord d'agrandir notre maison car un bébé pointait son nez et l'invention devint alors le cadet de nos soucis alors que l'histoire du château prenait forme dans nos esprits de funambules.

 

Un pas après l'autre ! Les grands projet avancent doucement guidés par les remous, les hasards, les rêves, les inventions et les châteaux et d'y croire rends parfois les choses possible mais l'on ne sait jamais par quelle arcane on devra se faufiler.

 

Et après l'été, vint l'hiver et au printemps suivant trop occupés à nos marmots, à nos pots, à notre futur château, à nos amis, à nos passions on s’aperçut que les revenus de l'invention serait plus modeste que prévu. Bien plus modeste !

 

Qu'a cela ne tienne, nous étions inventeurs, nous avions mené notre projet à bout alors même que les copains riaient à gorges déployés à l'annonce de notre ambition.

La réussite relative de la commercialisation de l'objet ne nous appartenait pas et nous ne pouvions qu'influer humblement sur le résultat.

 

Retenir le positif de toute chose, analyser tant que faire ce peu les aléas et avancer coûte que coûte. Adieu château en Espagne ! Nous voulons faire du vin ? Alors en avant : on vends tout, on change de vie et le destin nous sourira, enfin, on espère !

 

Et voici comment nous nous sommes lancés à corps perdu dans la conquête du château des Albiéres après le semi échec de notre fabuleuse invention. Après le premier pas vient le second et ensuite l’énergie vitale porte, chausse les bottes de sept lieux qu'il nous fallut pour aller vers le vin . Nous venions d'apprendre que l'impossible était en cours à travers ce beau projet en poterie.

 

Premier épisode d'une chevauchée de gens ordinaires, chez qui la raison est moins probante que l'intuition, avec des rêves plein la tête, prêt à ré embarquer vers une aventure vinique pour le moins incertaine. On est pas sérieux quand on a 40 ans, d'autant que nous ne les avions encore pas et c'est avec nos quatre enfants que nous voulions passer le Rubicon. Nous allions encore devoir patienter quelques temps, mais dans le fond le temps n'est rien. Seul le bonheur d'exister compte.

Partager cet article

Repost0
19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 19:31
Le regard !
Le regard !
Le regard !
Le regard !
Le regard !
Le regard !
Le regard !
Le regard !
Le regard !
Le regard !
Le regard !
Le regard !

 


Nous avons tous un regard. Pas celui des yeux, celui qui passe à travers les yeux, celui qui, au delà de l'iris nous donne une vision, parfois une ambition. Tantôt positif, tantôt négatif, il est plus le reflet de nos émotions que de la réalité. De l'un à l'autre il se mue en diversité, en multiples regards pour se reproduire , se décupler en autant de facettes que d'être. A chacun sa vérité, à chacun son mensonge.

A chacun sa vérité, à chacun son émotion, à chacun son intériorité trop souvent érigée en absolu alors que le regard ne voit que ce que l'on y laisse voir, que ce que l'émotion veut lui montrer, que ce que la prétention veut lui dévoiler, que ce que l'orgueil, le stress, la gentillesse, la méchanceté, la duplicité, la générosité, l'avarice- il y aurait tant à dire-, que sais je, lui laisse entrevoir.


Et c'est ainsi, qu'avec mon regard, pour ne pas déroger à l’immuable règle, j'avais parlé ici même, en juin, de la catastrophe climatique dont nous avons été victime qui laissa tant de stigmates sur nos vignes, qui brûla une partie de la récolte et nous fit croire en une catastrophe quasi inéluctable, une perte sèche de rendement à un point jamais atteint. Les feuillage brûlés, les grappes desséchées atteignirent notre regards jusqu'à en dilater la pupille.

Canicule !

C'était en partie vrai ! C’était au premier regard assez cataclysmique tant les vignes s’usèrent sous les ardeurs du soleil. C'était même totalement vrai tant ce jour de chaleur fut mémorable, tant les circonstances additionnées transformèrent en ce jour funeste de juin nos vignes en barbecue.

Mais la vigne est bonne fille et sa capacité de résilience assez impressionnante. Et la vigne cette année avait presque prévu la catastrophe et avait pensé, comme pour compenser, à faire naître sur ses sarments une récolte potentielle hors du commun et par conséquent laissé, à la sortie, à la récolte une quantité certes moyenne, en tout cas pas catastrophique.

Et notre regard changea encore pour revenir à la raison qui n'est aussi qu'un regard. Les cépages tardifs profitèrent des pluies de septembre et c'est tout naturellement que le raisin restant s’amplifia comme pour crâner devants ses congénères brûlés en juin. Les grappes cramoisies tombèrent, les épargnées gonflèrent et septembre majeur nous réconcilia avec le vignoble à qui l'on tirait la gueule depuis le mois de juin. La récolte fut moyenne, dans les clous pour nous éviter de devenir marteau en retirant l'épée en suspens au dessus de nos têtes.

La canicule derrière nous, ce n'est pas pour autant que l’événement est à gommer de nos mémoires, que le changement, l'évolution du climat est à renier. Un équilibre heureux est apparu au moment même où l'on pensaient devoir se questionner en profondeur.

Les stigmates au vignoble marqueront le phénomène en souvenir d'un jour caniculaire historique. On ne va pas pour autant arroser à tout va nos cultures et raréfier l'essentiel liquide. On va simplement observer, planter plutôt du local, du résistant de l’endémique, augmenter la diversité qu'elle soit végétale ou animale, accepter des rendements plus modestes, plus chiches et se contenter en oubliant encore plus la frénésie locale et culturelle du rendement systématique.

Nous sommes depuis longtemps sur cette pente, pente ascendante au demeurant, sur cette idée afin de ne pas ponctionner plus que la plante ne puisse donner, de ne pas demander plus que nécessaire afin d'optimiser l'essence profonde du terroir et du cépage conjugués en qualité. S'adapter à un environnement changeant, fluctuant au fil de temps par mille petites précautions en se laissant guider pas à pas, tout simplement. Faire une révolution, sans faire trop de vagues, discrètement. Continuer le système mis en place depuis quinze ans ici pour se lover en douceur et s'adapter. Continuer a créer un ensemble logique, une ferme multi adaptée par la diversité de ses cultures, de ses élevages, de ses différences. On y est déjà, tant la diversité ici est de mise et nous ré-attirons à Cadablès fourmis, cigales et papillons depuis longtemps.

 

Dans une époque tournée vers le confort d'une situation stable que chacun espère, nos professions cent fois sur le métier nous font réitérer l'ouvrage dans un risque permanent à la fois excitant mais aussi désespérant. Vigneron bio , vigneron sans fard ni paillette pour aller conquérir un dessein et se prouver que l'on peut aller au delà, bien au delà de la chimie omnipotente en créant un univers bien réel sur le terrain.

Nous sommes des intellectuels de la main qui œuvrons au quotidien, qui risquons par un coup de grisou de perdre l'équilibre car la rareté des filets fait parfois craindre l' irréversible. Alors gardons le regard fixé vers l'horizon, vers nos chimères à contempler le paysage que nous contribuons à créer de nos mains rugueuses , de nos mains pensantes.

 

Partager cet article

Repost0
20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 16:35
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...
Fouzilhon, village Languedocien : avant, désormais...

                               

 

                                Le métier de vigneron ouvre à la rencontre. La solitude de la vigne équilibrée par des dizaines de rencontres lors de nos dégustations au domaine, lors de nos déplacements  où nous veillons à distiller la bonne parole par monts, par vaux afin de  promouvoir notre travail, nos vins, notre aventure...

 

                             C'est incroyable le nombre de personnes que nous croisons souvent subrepticement,  superficiellement pour expliquer un cépage, une façon de faire, pour se présenter. Des grands, des petits, des joufflus, des carrés, des ronds aussi, des souples, des qui savent-tout, des qui ignorent pas mal, des curieux, des imbus, des teigneux aussi mais essentiellement des bienveillants, des épicuriens, des marrants, des joyeux, des pour qui l'on fait du vin afin qu'ils y prennent du plaisir.

 

                         Parfois nous allons plus avant. Nous lions connaissance, nous sympathisons et des amitiés naissent autour d'un verre, car le levé de coude est propice à l'amitié. Et nous échangeons, nous déblatérons, nous reconstruisons le monde à l'ombre du micocoulier.

 

                       J'ai rencontré André après avoir connu ses enfants. André est plus âgé puisque ses enfants ont mon age. André a quitté le village pour ses études puis a migré plus au nord pour professer les mathématiques mais a toujours gardé le souvenir ému d'une enfance à la campagne, à Fouzilhon petit village sis à deux pas de Cadablès.

 

                     Lorsque je le croise il me parle du temps jadis, des chevaux, de l'ambiance, de l'épicier et tutti quanti des trémolos dans le voix.

 

                    Comme André est loin d’être inculte, comme André est sensible, comme André a un regard je lui ai proposé d'écrire ce temps là, ce temps passé où le village vrombissait d'une vie plus intense, peut-être plus sage, en tout cas plus rurale, paysanne, authentique. Je lui ai proposé d'écrire son univers du temps où, haut comme trois pommes il gambadait dans les venelles  en circulade, et il s'y est affairé, à trempé sa plume dans ses souvenirs et m'a donné trois textes que je vous livre.

 

                                              __________________________________________________

 

 

Fouzilhon, village Languedocien dans les années 50.

 

                                               

 

 Les commerces et les transports

 

Dans le village il y avait alors une épicerie. On pouvait y trouver les denrées les plus courantes. Dans la semaine passaient régulièrement, un boulanger, un boucher, un charcutier et un marchand de moules. L'arrivée de ces marchands ambulants était annoncée par le garde champêtre. Le vendredi passait un car qui transportait les gens jusqu'à Béziers. Il était aussi possible de se rendre à pieds à Magalas pour compléter les provisions. Les réfrigérateurs n'existaient pas et les denrées se conservaient dans un garde manger sorte de petite boîte au devant grillagé.Il n'était pas possible de conserver longtemps les aliments.

L'entraide en ces temps était nécessaire.

On se déplaçait le plus souvent à pieds dans le village. Les propriétaires de voitures étaient  peu nombreux. Il y avait des voitures tirées par des chevaux. Pour le travail des vignes, le cheval était l'animal à tout faire. Il labourait , tractait les charges lourdes et les comportes de raisins.

 Pour l'acheminement du courrier un facteur se déplaçait chaque jour à bicyclette de Magalas à Fouzilhon été comme hiver . Cela faisait  10 Kms aller retour par tous les temps.

 

Le garde champêtre

 

Il avait des fonctions importantes et multiples dans le village. Il s'occupait de l'entretien des routes et des chemins de terre. Pour cela, il ne disposait  que des outils de l'époque (faux,pioche..).

Il veillait à la propreté du village ce qui était mission impossible en l'absence de ramassage organisé des déchets.Il effectuait divers travaux de maçonnerie et d'entretien des locaux communaux. Il assurait l'information en passant dans les rues du village et en criant «  avis à la population »

 

L'ouvrier agricole

 

Souvent d'origine espagnole il travaillait dur tant à la vigne qu'à la cave ou au jardin du propriétaire.

A la vigne, il faisait les déchaux (tour des souches à la pioche) , la taille , les labours avec le cheval, le sulfatage des vignes au printemps contre le mildiou (ceci avec une sulfateuse à main qu'il fallait remplir  avec l'eau des puits de vigne) le passage du soufre par temps calme sur chaque souche contre l’oïdium.

Il avait souvent en charge une partie de la vinification. Au moment des vendanges il s'occupait du ramassage des raisins, du transport de ceux-ci jusqu'à la cave et du travail de la cave.L'entretien du cheval (nourriture , soin ..) était aussi à sa charge.

 

 Les vendanges, les vendangeurs

 

A l'époque les vendanges se font à la main. Quelques jours avant les vendanges arrivent d'Espagne des familles de vendangeurs. Le propriétaire doit les loger . Ce sont eux qui vont constituer la colle de 10 à 12 personnes qui pendant tout un mois va rentrer la récolte (Ceci pour les gros propriétaires). Le petit propriétaire lui va rentrer sa récolte en famille.

 

La journée de vendangeur  commence tôt le matin vers les 7 heures environ. Chacun arrive avec son cruchon rempli d'eau et son casse croûte. On part à la vigne vers les 8 heures. Le trajet parfois long se fait soit à pieds ou soit pour les plus favorisés, assis sur l’arrière de la charrette. La colle comprend, les coupeurs de raisin avec leur seau, le tireur de seau qui transporte les raisins jusqu'aux comportes, le quicheur  qui avec un outil en bois tasse le raisin,  les tireurs de comportes qui avec deux barres de bois lèvent la comporte par ses poignets et la transporte jusqu'à la charrette et enfin le charretier qui lorsque la charrette est pleine transporte le raisin jusqu'à la cave.

 

Vers 9 heures du matin on s’arrête pour déjeuner en général avec du pain, du fromage et un raisin cueilli dans la vigne. Avec la chaleur le travail devient vite pénible. Heureusement certains racontent des histoires d'autres chantent. On s'amuse à barbouiller le visage du voisin avec des raisins (faire la moustache). Puis vient le repas de midi puis l’après midi se poursuit.

 

Le travail de la cave se fait le soir après la journée . Le raisin que l'on a déposé dans les cuves va fermenter. Le mou  sera ensuite extrait de la cuve et transvasé dans une autre. La cuve qui ne contient plus que le marc de raisin sera ensuite vidée dans le pressoir . Le pressoir dans notre cave était à roue. On faisait tourner la roue qui cognait sur une vis . A chaque choc le raisin était pressé. On recueillait le jus dans un champeau (sorte de cuve en ciment). Le marc sec était sorti du pressoir et vendu à la distillerie.Ce travail de cave venait compléter celui de la journée. Si l'on avait encore un peu de force on allait danser. Le bal des vendanges à l'extérieur ou dans une cave se vivait comme un moment de détente après une dure journée.

 

 Suivant l'époque des vendanges, surtout si elles étaient tardives, le temps se mettait à la pluie (le marin). Il fallait alors travailler dans des vignes gorgées d'eau. On ne pouvait pas laisser la récolte qui risquait de pourrir sur les souches. Les tireurs de comportes s'enfonçaient dans la boue et les charrettes s'embourbaient dans les chemins de terre. Le moral était au plus bas et l'on surveillait de prés la couleur du temps.

 

La vie du village en 1950

 

 Aussi loin que remontent mes souvenirs, Fouzilhon a toujours occupé une place importante dans la vie de la famille.

 

En 1950  Fouzilhon ne ressemblait pas à ce qu'il est devenu aujourd’hui. Tout d'abord, il faut enlever du paysage les voitures. Lorsque l'on traversait le village, on rencontrait seulement des charrettes tirées par de gros chevaux de labours. En effet il n'y avait pas de tracteurs pour labourer les vignes. Il y avait aussi des chiens, non pas des chiens de garde, mais de bons vieux toutous qu'il fallait presque déplacer à la main . Ces gros pépères passaient la plus grande partie de la journée à dormir. Les routes n'étaient pas goudronnées et,  par temps d'orage, elles devenaient de vrais bourbiers.

 

L'eau occupait une place importante dans la vie du village. Elle était rare et ceux qui possédaient un puits  étaient des privilégiés. Les coupures d'eau l'été étaient nombreuses et notre maison avait une réserve d'eau  que l'on activait en cas de coupure. De plus cette eau était de mauvaise qualité et peu agréable à boire. On envoyait les gamins  au pont,  tout à côté de  la mairie,  chercher de l'eau potable. Il y avait une pompe que l'on actionnait à l'aide d'une roue. Le petit cruchon rempli, on revenait à la maison. Pour les puits, ils se trouvaient le plus souvent dans la campagne. A côté du puits, on cultivait le jardin. Il n'y avait pas de pompe mais une poulie avec une chaîne et un récipient que l'on remontait une fois plein.Ces puits, parfois de 10 mètres de profondeur, étaient à ciel ouvert, construits en pierre sèche, et se remplissaient à l'occasion des orages. En été ils étaient pratiquement à sec.

 

  Les WC n'existaient pas. On avait des seaux hygiéniques pour la nuit qu'il fallait vider le matin .Dans la journée on allait dans le jardin ou dans la campagne. Pour les ordures ménagéres, c'était le système D. A côté de chaque maison il y avait  un tas . Heureusement le plastique n'existait pas ni les emballages multiples. Le problème venait des boîtes de conserve en métal (en général de l'aluminium). Une boîte jetée dans la partie haute du village mettait  parfois plusieurs années pour atteindre le bas du village. L'odeur, l'été,  était souvent féroce.

 

 La vie du village suivait le cycle de la vigne. Le temps fort étant celui des vendanges. Chaque gros propriétaire employait plusieurs ouvriers agricoles souvent d'origine espagnole, possédait plusieurs chevaux, avait une cave bien équipée et une écurie. La vigne produisait un vin de mauvaise qualité qui se vendait pourtant bien. Dans le village tout le monde se connaissait et les soirées se passaient souvent en compagnie de quelques voisins. L'été les chaises sortaient devant la porte des maisons et les femmes se racontaient les derniers potins du village. Les hommes jouaient aux boules, non pas à la pétanque,  mais à la lyonnaise (grosses boules et terrain tracé).

 

 Les enfants n'avaient pratiquement pas de jouets mais en confectionnaient. Par exemple, avec du fil de fer on faisait des chevaux, avec une boîte de conserve un fut de vin. Avec des billes de toutes les couleurs  on jouait au tour de France. Mais le bien le plus précieux était la liberté . Le danger était limité tant dans la campagne que sur la route et les parents nous laissaient faire des promenades . C'était alors la recherche des asperges et des champignons. Après la pluie, on allait aux escargots. Moi,  avec mon ami Loulou, je parcourais la campagne à longueur de journée. Il me montrait les espèces de champignons comestibles et je lui faisais découvrir les pierres .

 

La petite école à côté de la mairie était dirigée par Monsieur Vergne un instituteur dévoué et compétant .Il gérait une classe unique de 25 élèves allant du CP au certificat d'études. L'école se situait à l’arrière de la mairie . Il y avait une seule salle de classe et une toute petite cour de récréation.

 

 

                                                                                                      André Viala.

                                                  _________________________________

 

 

                    Le temps est passé et désormais une autre ambiance auréole le village. Village à part, Fouzilhon a su malgré tout rester un peu à l’écart du développement outrancier, a su garder un savant équilibre en se méfiant des sirènes du siècle, en ouvrant ses bras pas plus qu'il n'est nécessaire. Singularité évidente dans un monde rouleau compresseur où l'éclectisme ici,  est de mise.

 

  Fouzilhon :  son église,  sa mairie, son théâtre, ses statues, sa circulade, sa convivialité, ses ragots, ses tronches singulières,  sa population autochtone, sa population venus  d'horizons divers comme autant de balises posés sur les premiers contreforts des Avants Monts, comme un pont entre un passé récent et un avenir harmonieux qui se conjuguera j’espère, un jour ou l'autre en bio absolu par révérence au temps passé.

 

 Fouzilhon à deux pas de Cadablès, un poste frontière, un sas de décompression.

 

 Merci André de votre amitié, de vos mots.

Partager cet article

Repost0