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9 août 2021 1 09 /08 /août /2021 15:33
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
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Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.
Coup de fatigue.

 

La péniche est l'un de mes fantasmes. Lorsque la lassitude envahit ma vie, lorsque me quitte l'énergie et que je ne trouve plus le sens du labyrinthe, une envie de canal, d'évasion, de grand air me poursuit. C'est mon besoin d'ailleurs, mes palmiers occitans, ma plage de recul, le canal du Midi.

Fantasme avouable et je me vois sur les canaux, voguant au gré de mon imagination lisant, clopant, glandant, chantant, vagabondant, buvant, copinant, vivant, poétisant et j'en passe, la liste n'étant pas exhaustive.

À la rencontre des paysages, des humains retrouvés, entre deux rives, l'horizon dégagé, la perspective déroulante… Un endroit où les gens ne font plus semblant de s'aimer pour se donner l'illusion de la paix. Un aparté dans le présent.

Lorsque parfois taraudé, usé par une récurrence anxiogène, j'ai le dessein de tout abandonner et de changer de vie, d'horizon, d'avenir, je m'imagine en marinier à la proue d'un immense bazar contraint entre deux berges.

L'esprit trop occupé à l'engagement de l'instant, trop obsédé par la nature de nos projets s'use à ne savoir le décanter. À ne pas voir le bout du rouleau lorsque nos énervements dépassent nos émerveillements en stressant le temps et en le concentrant.

C'est alors qu'il faut prendre du recul. C'est le temps du repos si rare en paysannerie tant les tâches succèdent aux tâches, tant les circonstances additionnées poussent au labeur qui sans cesse par vagues successives revient à l'esprit en culpabilité grossie par la fatigue.

Pour peu que les circonstances globales deviennent anxiogènes, délétères et que chacun se renferme sur ses égoïsmes le cocktail devient explosif. Mettons de la distance là où la vie nous dickte afin d'éloigner l'horizon, d'ouvrir la perspective et d'accepter les autres, de comprendre leurs désaccords.

Nos sociétés, du reste, par leur consommation, leurs manipulations n’autorisent même plus cette détente à leurs nourrisseurs.

C'est alors le moment de la stratégie de la machine arrière, du recul pour mieux sauter, de la temporisation mentale, et la réflexion posée devient indispensable afin de mettre la machine en performance minimale pour répondre idéalement à la situation. Nous n'avons pas tous les mêmes privilèges et nos métiers de terriens nous empêchent souvent les grandes villégiatures ne pouvant laisser derrière nos responsabilités. Alors nous partons vers des voyages immobiles, vers du tourisme de proximité, vers de la simplicité joyeuse…

Et les hasards alors nous guident sur une route enchantée à l'occasion d'une balade, d'une onde claire, d'une lecture, d'une rencontre, d'une visite pour reconstruire en dedans l'édifice de notre idéal fissuré par l'obsession de nos projets. Le lâcher-prise n'est pas un laisser-aller. Notre for intérieur, à nul autre pareil, a un besoin irrépressible de poésie, de tendresse, d'amitiés, de rencontres, d'un verre au bord de l'intimité pour exister et recréer et repartir et émaner et s'exprimer sans que la force de la conscience ne vienne briser ses rêves sur les digues de la réalité. La réalité qui dans le fond n'est qu'une interprétation collective imposée à soi-même et aux autres.

Je ne sais pas encore quel livre je vais rouvrir, quelle visite je vais recevoir, quel périple je vais entreprendre, quelle chanson nous allons entonner, quelle inconscience nous allons imaginer mais il va bien falloir prendre du recul pour ne pas céder car la période cruciale de la cueillette s'avance à grands pas et qu'encore rien n'est prêt. Une chose après l'autre. Pour l'heure nous agrandissons la cave et nous allons mettre en bouteille. Nous sommes toujours trop inquiets de l'avenir qui a le talent de nous désorganiser pour mieux nous démentir une fois devenu présent.

Nous sommes toujours en retard sur nos idées. L'on pense toujours faire plus vite, faire mieux. La nature oblige à la lenteur dans une société boostée aux amphétamines médiatiques.

C'est l'heure du repos, advienne que pourra. En paysannerie il est bien relatif car la machine ne peut jamais s'éteindre complètement, juste marcher au ralenti pour ne pas trop nous absorber, nous gober tout crus et sonner l’hallali de nos ambitions rurales, de nos engagements terriens dans un épuisement précoce.

C'est un peu cela aussi l'engagement, un avancement, parfois aux forceps, obligé par nos raisins, par la météo, par nos clients si prompts à nous oublier, par notre ambition si prompte à nous épuiser. C'est qu'il faut prendre de la hauteur pour ne pas attraper le vertige d'un quotidien plus que prenant de mille détails à faire poser genou à terre au plus preux chevalier. Dans une société qui n'avance plus à l'aune de la nature mais à la vitesse de son manque de sagesse nous devons trouver notre place, imposer notre différence, vanter nos mérites agricoles sans perdre la boussole et, happés d'une tache à l'autre, d'un pas de sénateur, être à hue et à dia tout en gardant les idées fraîches.

 

Août est l'antichambre de septembre majeur où se jouera le futur vin. Alors anticipons la merveilleuse excitation de la vendange pour mieux l’appréhender afin qu'elle coule entre deux rives bien sages, guidée par le vigneron, pour qu'aboutissent le millésime et le travail de l'année. Nous ne faisons que guider le travail de la terre sans appui d'artifices afin que rejaillisse la vérité du terroir.

 

Se reposer pour voir plus juste et ne pas se laisser déborder à la barre de sa destinée, entre deux rives : comme un canal. Si au hasard d'un méandre un marinier passe par là, à quelques encablures de Cadablès, qu'il n'hésite pas à me héler, à m'inviter à son bord car je n'arrive jamais les mains vides. Je viendrai avec mes quilles pour refaire le monde et je trouverais en chemin du saucisson afin de rencontrer un nouvel ami. Tout simplement.

 

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