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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 18:31
CANICULE.
CANICULE.
CANICULE.
CANICULE.
CANICULE.

Canicule.

 

 

Depuis hier je cherche un angle. Un angle pour vous parler de ce qui s'est passé. J'ai du mal, je ne trouve pas, puis soudain l'éclaircie, j'ai trouvé : l'angle mort !

 

La saison s'était bien passée et nous avions mis un zèle particulier au travail des parcelles, tant l'année d'avant avec l'invasion exceptionnelle et exponentielle du mildiou, avait semé dans nos têtes le désarroi, l'inquiétude, le trouble et nous voulions pour ce millésime de beaux raisins, des sols nickel et tout ce qui fait le bonheur simple du vigneron. C'était pas mal et ce mois de juin 2019 laissait présager une récolte plus que correcte, intéressante. Nous allions pouvoir nous refaire la cerise et puis le 28 est arrivé. Cataclysmique !

 

C'est en rentrant de chez un caviste que j’aperçus les premiers stigmates. Le soleil au zénith entre midi et deux , ne laissa aucun répits à la plante. Le retranchement des feuilles, le resserrement des cellules, le repli sur soi de la matière n'eut aucun impact sur les coups de butoir de l'astre chauffé à blanc. La vigne a résisté autant qu'elle pouvait et les plans les plus exposés ont chauffés et l'immense souffle brûlant a détruit sur son passage une bonne partie de notre récolte.

 

Nous ne sommes pas égaux devant les péripéties naturelle. Pour le cas, presque surnaturelle, car historique, sans préalable. Les parcelles exposés au plus chaud, les derniers traitements au souffre, les feuilles à cette période un peu plus fragiles en cette saison théoriquement moins chaude ont, comme un fœtus de paille, disparus sous l'intensité ,laissant par endroit des raisins amorphes orphelins de leur protection. Nos vignes à faibles rendement , à faible vigueur n'avaient-elles la capacité de résistance ? Que nenni, Du jamais vu !

 

Le site de Cadablés, pour les bâtiments, date peu ou prou du 16 éme siècle. Nous avons retrouvé dans une vigne une pièce romaine datée du début de notre ère. Un confrère romain l'aura perdu comme nous pouvons perdre désormais un euro tombant d'une poche mal fermée. La vigne est cultivée ici depuis des lustres. Nos successeurs trouveront ils l'euro perdu au hasard d'une dune dans le désert qui s'annonce ? Car le problème est bien celui ci, le climat change. Devons nous le crier, le hurler pour que vous entendiez dans vos cités trop occupés à conceptualiser un avenir robotisé.

 

Fantassins du changement climatique nous, vignerons, paysans sentons bien que quelques choses se passe, que l'évolution devient négative, anormale et les récoltes sur la sellette de plus en plus aléatoires, de plus en plus compliqués à faire aboutir. Mais tout ces efforts consentis, c'est pour vous nourrir, vous faire respirer, vous faire émaner. C'est un don, c'est de l'affection, une forme d'amour, une considération, un égard magnifique.

 

L'angle mort d'une terre asséché, désertifié à grand renfort de consommation outrancière pour perdre l'essentiel en voulant s'offrir le superflu. Il va falloir changer, évoluer. TOUS !

 

En sentinelle de notre environnement, comme une tour de guet nous le sentons de tous nos sens à la vigne, aux champs, aux culs des vaches, de la hauteur de nos collines, de la sensibilité de nos émois et vous le transmettons parfois maladroitement mais avec une sincérité authentique pour ceux que le bon sens n'a pas quitté. Comment faut il s'y prendre pour arrêter l’hémorragie ? Pour arrêter de trimballer 50 kilos d’ego dans une tonne de ferraille, pour "dèclimatiser" et retrouver le goût salé de la sueur, le bonheur de l'effort, pour ne plus s'envoyer en l'air pour un selfie à l'autre bout du monde. La croisière s'amuse pendant que les récoltes brûlent et dans la surabondance artificielle c'est à crédit que nous hypothéquons l'avenir du vivant.

 

Réagissons dans l'action, dans le sens, goûte après goûte en sautant les obstacles joyeusement, humainement pour que demain soit moins violent qu'aujourd'hui,

 

 

 

Dans l'angle mort de mon rétro j'ai vu subrepticement une fleur des champs qui me fit un clin d’œil. Sensation hallucinatoire revigorante, comme une amie, comme un espoir, comme une onde que l'on voit danser au fil du vent pour me dire que j'étais à la bonne place dans mon dessein. Bien ancré dans le sol, la tête au ciel les pieds sur terre pour mettre des pieds au cul aux sourdes oreilles alentours. Pour continuer avec enthousiasme à cultiver nos parcelles millénaires tant que le soleil, la lune, les étoiles m'en laisserons le loisir. Après je me laisserai guider par ma boussole intérieure comme un touareg !

 

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commentaires

pascal 30/11/2019 23:36

Une vaste question, existentielle, essentielle et de survie même. La prise de conscience du "grand public" se fait tout doucettement, freinée par tous ceux qui ont des intérêts économiques contraires. Saurons nous réagir assez tôt? L'histoire de l'humanité a montré qu'il fallait de monstrueuses catastrophes pour nous réveiller. Je ne crois pas que nous échapperons non plus à celle là et qui pourrait être la dernière, en ayant raison de notre Monde.

Bernard isarn 01/12/2019 08:17

Comme le chantait Boby Lapointe '' le niveau est si bas que l'on y marcehe dessus''. Je suis souvent surpris dans mes rencontres du manque de conscience, de culture d'une partie de nos comtenporains alors que l'autre est au faite de la situation. C'est assez partagé du reste mais, je pense, que la prise de conscience evolue dans le sens en espérant que ceux qui vivent en conscience arrivent à bout de bras a faire avancer les choses. Ce n'est pas gagné, loin s'en faut. Du reste cet article est a mettre en résonance avec un autre article ecrit plus haut '' le regard ''.

Shana 06/08/2019 15:04

Très bel article, très intéressant. Je reviendrai me poser chez vous. N'hésitez pas à visiter mon univers (lien sur pseudo). A bientôt.